Contextes géopolitiques

ANALYSES DIACHRONIQUES

LE CONTEXTE GEOPOLITIQUE INTERNATIONAL

Les enjeux géopolitiques actuels s’inscrivent dans un contexte anthropologique et historique global que l’on ne saurait ignorer sans courir le risque de passer à côté de l’essentiel : une compréhension claire et précise des soubresauts qui agitent la planète, qu’ils soient d’ordre politique, économique, militaire, social ou culturel. Faute de prendre en compte les tendances lourdes qui dessinent la trame du contexte en question, on ne peut que se méprendre sur les intentions des uns et des autres et dès lors se bercer d’illusion quant aux conséquences des décisions prises par les dirigeants politiques et/ou économiques, qu’ils agissent dans la lumière des projecteurs ou dans l’ombre feutrée des officines institutionnelles. De même, il est indispensable de connaître le cadre global dans lequel se déroulent les jeux politiques, économiques et sociaux, faute de quoi analyses et réflexions ne peuvent qu’aboutir à des malentendus, des incompréhensions, des interprétations incomplètes et biaisées, lesquelles, ne nous le cachons pas, fournissent armes et munitions à ceux, individus ou groupes, qui ont tout intérêt à maintenir le citoyen dans le flou et l’illusion.

C’est ainsi qu’il est important de saisir que le conflit en tant que moteur des actions des hommes est aussi incontournable que le manger et le boire. Déjà Héraclite observait que « la guerre est père de tout et roi de tout » (Fragment LXXXIII) et que « tout passe et s’ordonne selon le conflit » (Fragment LXXXII). Reconnaissant que la paix et la guerre sont unies comme jour et nuit et que la tension entre forces opposées est aussi indispensable que leur réconciliation dans un cadre plus large qui les englobe, il rejoint les constatations de la science actuelle. Dans son Anthropologie structurale, Claude Lévi-Strauss fait remarquer que la double tendance « à accroître continuellement la quantité d’énergie disponible par tête d’habitant » et « à protéger et à prolonger la vie humaine », qui est davantage le fait de la civilisation occidentale, trouve sa compensation dans « les grands massacres que constituent les guerres mondiales et l’inégalité qui préside à la répartition de l’énergie disponible entre les individus et les classes. » Cette agressivité de la race humaine, que nous avons en commun avec les animaux, nous pousse, contrairement à ceux-ci, vers l’autodestruction, ce qui fait dire à Leakey, Lewin, Dart, Lorenz et d’autres que « l’espèce humaine n’est peut-être qu’une effroyable aberration biologique », à cause de laquelle « elle ne peut plus prospérer en harmonie avec elle-même et son environnement. » 1

L’allusion faite à l’énergie et à sa répartition éclaire d’un jour singulier la scène sur laquelle se déroule la vie humaine. Dans un univers où la prédation est la règle, faisant de chaque créature vivante à la fois la proie et le prédateur d’un ou plusieurs types de créatures, pourquoi seul l’homme échapperait-il au système ? Ce qui le différencie des autres animaux, toutefois, c’est sa propension à convoiter davantage que ce dont il a besoin et à aller, pour satisfaire son avidité, jusqu’à détruire le milieu dans lequel il vit à force d’en épuiser les ressources. Comme tout organisme vivant, l’homme cherche à croître, s’appropriant, pour ce faire, non seulement ce qui passe à sa portée mais encore ce qui est éloigné de lui dans l’espace. Il est capable, pour assouvir son instinct de possession, de tourner son attention vers des lieux ou des objets qu’il ne voit pas mais dont il connaît l’existence, profitant de ce potentiel qui le distingue : le principe d’interaction fonctionnelle. Grâce à celui-ci, il défie la discontinuité structurale et est à même d’agir de telle sorte que face à « une région de l’espace physique qui sépare deux régions différentes du point de vue fonctionnel » 2, il peut agir de manière à en tirer profit. Ainsi, un prédateur humain (pays, groupe, individu) est-il capable, par delà un océan ou un espace géographique terrestre, de frapper une zone cible à l’aide d’un projectile (missile, bombe, etc.), pour pouvoir ensuite en gagner le contrôle.

Animal fondamentalement égoïste et avide, capable de la plus extrême cruauté, l’homme, s’il ne fait pas effort sur lui-même pour s’élever au-dessus de son instinct, ne saurait se comporter autrement, à l’intérieur d’une société, que comme ce que l’anglais nomme un “schemer”, c’est-à-dire un comploteur, un intrigant. Quel genre de projet ourdit- il ? Précisément celui d’établir une « répartition de l’énergie disponible » à son unique profit. Depuis les débuts de l’humanité, il en a été ainsi. C’est donc logiquement que des individus, forts de leur ipséité 3, s’extirpent de la masse, se signalent, s’enrichissent, dominent. Leurs familles, de par leur ascendant, s’octroient ou se voient offrir des positions durables de commandement et de direction des affaires. Elles finissent par former un clan, puis une classe, et enfin une caste lorsque ensemble elles se ferment aux autres, refusant tout partage de leurs prérogatives.

L’exemple en a été donné tout au long de l’Histoire. A Rome, le patriciat finit par empêcher tout « homme nouveau » de rejoindre ses rangs. Il le fit avec d’autant plus de délibération qu’ayant, au fil du temps, absorbé les parvenus issus de la plèbe, il se raidit dans sa vanité, entraînant la République, à la fin du Ier siècle avant notre ère, dans le chaos et la guerre civile. Quel que soit le régime politique, de toute manière, il est aisé d’observer cette tendance à la clôture des classes sur elles-mêmes et leur propension à monopoliser puissance et richesse. Ce qu’il faut bien nommer l’inclination oligarchique est une constante des sociétés humaines. Elle conduit les classes dominantes non seulement à écarter toutes les autres, mais également à confiner ces autres dans un rôle utilitaire. Ce qui est en jeu ici est en fait le rapport entre les possédants (au sens de ceux qui ont un ou tous les éléments du quadruple capital économique, culturel, social et symbolique 4) et le peuple, entendu comme communauté nationale globalement exclue de l’univers des classes dominantes. Que l’on observe une société aussi ancienne que l’était le royaume de Babylone ou que l’on observe les sociétés actuelles, on est frappé du fait que le rapport existant entre elles est fondamentalement caractérisé par cette même coupure entre possédants et peuple, coupure plus ou moins sensible mais presque toujours souhaitée par les possédants.

Cela est d’autant plus vrai que les exemples illustrant cette séparation abondent. Ainsi, à Rome, sous l’Empire, les violences liées au pouvoir n’ont que rarement atteint le peuple, écarté des décisions quoi qu’il arrive (sauf lorsqu’il se manifestait en nombre et constituait une menace immédiate), tandis qu’elles décimaient, sous les mauvais empereurs (peu nombreux), les milieux privilégiés. Dans la société française d’Ancien Régime, l’influence croissante acquise par les privilégiés finit par créer une situation de césure complète. Ils en vinrent à former une caste « sans attaches avec la province, sans relation avec le populaire, sans liens avec la France profonde » 5. Le dernier roi à avoir maîtrisé à la fois les turbulences de la noblesse et celles de la bourgeoisie, toutes deux étrangères au peuple, fut Louis XI. Il y parvint par son intelligence, sa rouerie, ses intrigues, mais surtout « parce qu’il accomplissait strictement son devoir de prince, qu’il tenait en haute estime » 6. Pour cela, il fut aussi respecté que craint. La mise au pas des princes (féodaux), l’affermissement de l’impôt, qui frappait lourdement les plus enrichis (en particulier la bourgeoisie marchande), la constitution d’une armée permanente lui permirent d’agir le plus possible pour la res publica : le bien commun. Garantir ce dernier implique autant que faire se peut la paix et la prospérité. Le roi assura les deux. Il est « l’un des rares souverains à avoir cherché systématiquement à éviter l’aventure militaire, en tentant de régler pacifiquement les conflits intérieurs et extérieurs, et à avoir mené une politique économique lucide et cohérente de développement de la production et des échanges. » 7 Il avait compris que le trésor royal ne serait suffisamment pourvu que si l’impôt rentrait régulièrement et en abondance, mais également que cette condition ne serait remplie que si le poids fiscal s’appesantissait sur ceux qui détenaient effectivement les richesses.

Le cas de la France de Louis XI illustre à merveille l’équation centrale de l’évolution historique, laquelle tourne autour de deux points : le déséquilibre entre le peuple et les possédants ; l’interposition, cruciale, de l’unique espèce de pouvoir capable d’atténuer le déséquilibre: le pouvoir arbitral. Laissés libres de suivre à leur gré leur inclination oligarchique, les possédants ne se contentent pas de tenir le peuple à l’écart de leur univers, ils l’instrumentalisent comme ils le font des moyens de production ou du capital financier. Suivant leur politique d’affaiblissement des grands barons, les rois prirent l’habitude de favoriser les bourgeois, leur accordant des chartes aux termes desquelles ces derniers obtinrent de substantiels avantages: liberté personnelle, droit de n’être jugés que par leurs pairs, exemption de service militaire et de certaines taxes, droit d’autodétermination. Dans les villes ainsi administrées, l’exclusion du peuple se faisait à deux niveaux. D’une part, maires et échevins étaient choisis uniquement parmi les bourgeois les plus riches, d’autre part, l’attitude des autorités bourgeoises envers les administrés ordinaires, particulièrement les moins favorisés, était marquée au sceau de la dureté et de l’insensibilité. Cette propension éclatera au grand jour lors de la Révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle. Lorsque le pouvoir arbitral aura été partiellement ou totalement effacé, le face à face direct entre les possédants et la partie du peuple la plus vulnérable, le prolétariat, virera, pour ce dernier, au cauchemar. Insuffisance des salaires, durée interminable du travail quotidien, travail des enfants, absence de protection professionnelle (accidents du travail) et de protection sociale (infirmes, vieillards, chômeurs, malades sont condamnés à la rue ou à l’asile) conduiront les ouvriers à se grouper, ce qui était illégal.

On retrouve ici les ingrédients décrits au début de notre analyse : l’égoïsme (individuel et de classe) et le conflit. Originellement, «la Révolution industrielle est destinée à transformer la surface du monde, et à provoquer un enrichissement global, une plus grande espérance de vie, un plus grand confort. » 8 C’est compter sans la nature humaine, qui, dans l’ensemble, incite chaque individu à détourner à son unique profit l’énergie disponible (et ce qui, grâce à elle, est pourvoyeur d’avantages et de biens). Sans un pouvoir arbitral disposant de la coercition, l’affrontement entre les possédants et le peuple tourne presque toujours à la confusion de celui-ci. Cela explique pourquoi le régime qui a le moins bien réussi dans ce domaine est la démocratie. Si elle a connu une existence particulièrement brève (une trentaine d’années à Athènes, entre 460 et 430 avant notre ère) et si elle n’a plus jamais été véritablement effective par la suite, c’est précisément parce qu’elle constitue une violation trop grande de la loi naturelle. Sous sa forme directe, qui implique que le peuple soit consulté par le gouvernement chaque fois qu’une décision importante doit être prise, elle n’est praticable que dans de petites nations peu peuplées ou à l'échelle de la région ou de la municipalité. Mais même là, elle ne peut fonctionner véritablement que si les gouvernants sont intègres et entièrement voués au bien public. L’échec, sur ce plan-là, est patent.

En plein XVIIIe siècle, alors que des écrits révolutionnaires circulaient et que l’on s’apprêtait à effacer du paysage de France la seule représentante du pouvoir arbitral, la monarchie, des esprits lucides avaient analysé les raisons pour lesquelles la démocratie, c’est- à-dire l’action de groupes (partis, lobbies) et de gouvernements élus, était vouée à l’échec. D’ailleurs, si les Révolutionnaires se sont empressés d’instaurer une république parlementaire, c’est avant tout pour écarter le peuple des centres de décisions. En confiant l’autorité à des gens censés représenter le peuple, on ne fait que leur permettre de la confisquer. Car qu’est-ce que des représentants sélectionnés d’abord par les groupes (les factions dénoncées par César ?) auxquels ils appartiennent (et donc certains de servir avant toute chose les intérêts de ces groupes) sinon « des particuliers dont les fonctions sont nécessairement passagères. Ces passagers ne sauraient être en communauté perpétuelle d’intérêts avec la nation. Ils ont, peuvent avoir du moins, des intérêts particuliers exclusifs opposés à l’observance de l’ordre et de l’intérêt public » 9. Avec l’introduction du suffrage censitaire, les Révolutionnaires ont de fait écarté automatiquement qui n’était pas des leurs (l’écrasante majorité des membres des assemblées révolutionnaires étaient des bourgeois), c’est-à-dire qui n’était pas riche et possédant.

Voltaire, trublion parmi les trublions, était cependant trop avisé pour ne pas saisir combien un système représentatif, dont, en outre, l’exécutif dépendrait, portait en germe de despotisme oligarchique futur. Un pouvoir arbitral tel que la plupart des pays d’Europe l’avaient connu (royaume, empire, principauté) n’était ni la panacée ni la garantie absolue d’une équité (et non d’une égalité) sociale que celui qui venait d’être abattu en France n’avait pu qu’esquisser 10. Du moins eût-il évolué au rythme des changements sociologiques et techniques en continuant à constituer un rempart contre l’égoïsme des possédants. En souhaitant que « l’autorité souveraine soit unique et supérieure à tous les individus de la société et à toutes les entreprises injustes des intérêts particuliers », Voltaire manifestait clairement sa méfiance envers un pouvoir politique collectif, sachant pertinemment que la plupart des améliorations sociales procèdent toujours d’individualités et non de groupes. Si « l’objet de la domination et de l’obéissance est la sûreté de tous et l’intérêt licite de tous », alors « le système des contre-forces dans un gouvernement est une opinion funeste qui ne laisse apercevoir que la discorde chez les grands et l’accablement des petits ». Voltaire ne craignait rien tant que le despotisme engendré par la réunion de plusieurs individus centrés sur leurs intérêts de classe : « S’il fallait choisir, je détesterais moins la tyrannie d’un seul que celle de plusieurs : un despote a toujours quelques bons moments, une assemblée de despotes n’en a jamais. »

Il est manifeste, en effet, que d’une agrégation d’individus dont chacun crée pour les autres une émulation de nature à renchérir sur l’enflure des profits et des prérogatives égocentriques, rien ne saurait émaner qui ne traduise une indifférence à autrui n’ayant d’égal que l’autosatisfaction des bénéficiaires. Le possédant, quel qu’il soit, répugne à distraire de son avoir même la plus infime portion. En parfait accord avec l’égoïsme bourgeois, d’ailleurs, les paysans libres haïssent les « partageux », tout comme le gagne-petit enrichi ne veut point se souvenir de son état antérieur et, ce faisant, retire sous le nez de ceux qui avaient partagé sa misère l’échelle dont il s’était servi pour accéder à la fortune et atteindre à la classe supérieure.

Le conflit, qui, nous le rappelions en début d’analyse, est l’élément autour duquel s’articule l’univers, jalonne le parcours historique tant entre les possédants et le peuple qu’entre les premiers et le pouvoir arbitral. C’est presque exclusivement de ce dernier que sont venues les initiatives visant à l’intérêt commun, y compris lorsqu’elles échouaient ou lorsqu’elles étaient le fait de gouvernements républicains. Les exemples en sont si nombreux qu’il y faudrait plusieurs centaines de pages.

Depuis Hammourabi, roi de Babylone, au VIIIe siècle avant notre ère, jusqu’au général de Gaulle, la dynamique d’équité et d’harmonie sociales concerne tous les âges historiques et tous les horizons. Dans la Chine impériale, c’est la résolution de quelques souverains ou ministres, généralement sensibles à l’enseignement confucéen, qui a concouru à l’amélioration du sort des paysans et des artisans les plus pauvres. Il en va de même à Rome, sous l’Empire. Tibère modérant l’ardeur des gouverneurs de provinces afin qu’ils n’abusent pas de leur position au détriment des populations locales, Claude améliorant l’approvisionnement en eau de la capitale, Vespasien entreprenant de grands travaux de construction et de restauration et faisant tracer de nouvelles voies de communication pour résorber le chômage, Marc-Aurèle favorisant les talents d’origine sociale modeste, Septime Sévère poursuivant les réformes de certains de ses prédécesseurs tendant à humaniser la loi en la rendant plus attentive à la défense des faibles, Aurélien améliorant l’anone (distribution de blé et d’huile aux pauvres de la capitale, à laquelle il fait ajouter de la viande de porc et du sel), Dioclétien promulguant l’Edit du Maximum fixant le prix plafond des salaires et d’un millier d’articles (alimentation, matières premières, produits manufacturés) afin de conjurer la crise économique et d’aider les plus vulnérables, Julien affaiblissant la police politique, luttant contre la corruption, allégeant les impôts et redonnant aux cités les biens qui leur avaient été confisqués accomplissent ce que ni le Sénat ni aucun parlement républicain n’auraient envisagé de faire. Quant à Antonin le Pieux, empereur sage, équilibré, vertueux, - « son règne marque l’apogée de l’Empire humanistique» 11 - la liste est longue de ses bienfaits: administration minutieuse, « profondément humaine », remises d’impôts, élargissement des alimenta aux filles, distribution d’argent aux habitants de Rome, générosité envers les villes d’Orient ruinées par des catastrophes naturelles, souci d’améliorer le sort des pauvres, des esclaves et des prisonniers, gestion honnête des provinces. Plus près de nous, la première législation sociale d’Europe est venue de Bismarck (lois sociales, assurance maladie, assurance vieillesse), imité ensuite par Guillaume II (législation importante en faveur des ouvriers, assurance maladie, assurance vieillesse, loi sur les accidents du travail, création de tribunaux d’arbitrage, repos dominical, limitation de la durée du travail).

Il n’est donc pas étonnant que les possédants aient souvent rêvé d’effacer de leur horizon le pouvoir arbitral. Le conflit entre le deux, relativement peu virulent lorsque l’existence de la royauté ou de l’empire paraissait aller de soi en Europe, prit de l’ampleur, notamment en Angleterre et en France, avec la montée en puissance de la bourgeoisie, encouragée par la critique de plus en plus marquée de l’absolutisme 12. Face aux récriminations, aux blocages, aux violences des privilégiés, les rois de France, à partir du XVIIe siècle, n’ont pu agir ainsi qu’il eût été normal dans une authentique monarchie absolue (cf. note 10). Dans une telle monarchie, « seul le souverain est apte à réformer ; et sous tous les régimes, les concessions pour être durables doivent être faites en position de force, non sous la pression de la base ou la volonté d’événements extérieurs. Concevant que l’état de grâce monarchique et loyaliste ne saurait être éternel, Louis aurait pu confirmer son surnom de Grand en instaurant des structures permanentes associant à son pouvoir les principaux groupes de la société, et permettant à l’esprit public de s’exprimer au clair, de s’aérer, de se former pour le meilleur de l’intérêt commun. » Cet « esprit public » ne pouvait en aucune façon provenir des états provinciaux, institutions dépassées et corrompues, ni des parlements. « Accepter la prétention du parlement de Paris d’imiter celui de Londres ? Mais c’eût été recréer les conditions mêmes de la rébellion de 1648, jeter à bas toute la politique restrictive à l’égard des cours, et surtout concéder une puissance législative à des notables égoïstes, nullement mandatés par la population, et n’appuyant leur prétention que sur des offices achetés à prix d’or. » 13

Le grand tournant qu’a constitué la Révolution française est venu ponctuer de façon dramatique des siècles de lutte entre un pouvoir arbitral s’échinant, à périodes régulières, à réformer la société dans le sens d’une plus juste répartition des richesses, en premier lieu de l’impôt, et des classes dominantes arc-boutées sur leurs privilèges. Déjà Néron – qui, en dépit de ses exactions et de ses extravagances, poursuivait l’administration de l’empire au mieux des intérêts communs – se heurta aux privilégiés rassemblés dans le Sénat lorsqu’il leur soumit son projet de réforme fiscale dans lequel il s’agissait, pour l’essentiel, de substituer aux impôts indirects, qui frappaient en priorité les provinciaux, des impôts directs. Les principaux bénéficiaires du changement auraient été l’administration impériale, certes, mais également le commerce, qui en eût été stimulé. La levée de boucliers qui accueillit le projet impérial, de la part de l’oligarchie sénatoriale, vint toutefois du fait que la baisse des prix des marchandises qui en fût résulté eût grandement soulagé la plèbe au détriment de certains des profits réalisés par les riches. Présenté au Sénat en 58, il dut être retiré dans les mois qui suivirent, attisant ainsi la colère de Néron. 14

De même, ce sont les cabales suscitées par les velléités de modification de la répartition de l’impôt de la part des rois de France qui ont peu à peu fait monter la pression qui déboucha sur les violences de 1789. Louis XIII, via Richelieu, Louis XIV et ses impôts de capitation puis du dixième, Louis XV avec le vingtième, Louis XVI encourageant ses ministres (Turgot, Calonne, Loménie de Brienne) à réformer la fiscalité (puis, cédant aux pressions de son entourage, les congédiant) : tous se sont attaqués à ce nœud gordien qu’était le déséquilibre fiscal. Louis XV et Machault, en particulier, avaient arrêté un projet aussi équitable qu’efficace. Etabli au taux raisonnable de 5 %, le vingtième avait été conçu pour être permanent, n’admettant ni exemption, ni restriction, ni faveur. Il se serait appliqué aux revenus fonciers, aux revenus mobiliers, aux revenus industriels et commerciaux, aux revenus des charges et offices (dont les titulaires étaient propriétaires). Il frappait donc la propriété, mais non le travail. Contrairement à la situation qui prévalait jusque là, où passe-droits, intimidation, corruption, fraude faisaient que la charge fiscale touchait principalement « les pauvres, les isolés, les veuves et les mineurs », le vingtième frappait essentiellement les riches. Les réactions furent celles d’un égoïsme d’autant plus violent que le champ d’action du Roi était extrêmement limité. Il ne pouvait imposer sa volonté que dans l’espace laissé libre par les droits privés et coutumiers des Français. Or, cet espace était restreint. Face à lui, il trouvait non seulement les droits traditionnels et l’obligation d’inscrire toute décision dans les formes prescrites, mais également les parlements, les Etats (Bretagne, Languedoc, Provence, etc.), la noblesse, le clergé, etc. Louis XV vint finalement à bout des tous ces corps intermédiaires, sauf du clergé. C’est à ce dernier – congrégation d’archevêques, d’évêques, d’abbés richement pourvus – que doit être imputée la responsabilité de l’échec d’une réforme qui aurait probablement évité la Révolution. 15 Il est vrai, ainsi que l’écrit Pierre Gaxotte, que le sophisme selon lequel « l’exonération des riches était nécessaire au bonheur des pauvres » ne servait que les oligarchies bien décidées à empêcher un crime : « demander à l’impôt égal des ressources que les puissants trouvaient si commode de prélever sur les seuls roturiers. » 16

On ne saurait trop insister sur l’importance du jugement de François Bluche cité ci- dessus à propos du danger qu’il y a à « concéder une puissance législative à des notables égoïstes, nullement mandatés par la population ». Ce jugement a reçu depuis une confirmation éclatante. Après l’échec de la réaction politiquement salutaire de Louis XV, qui, en 1771, supprima purement et simplement le parlement de Paris, mais que Louis XVI, mal avisé et victime de son indécision, rétablit dans toutes ses fonctions et prérogatives, le modèle qu’il constituait aux yeux des privilégiés déterminés à liquider définitivement le pouvoir arbitral a pris une ampleur exceptionnelle à notre époque. La disparition du pouvoir arbitral - effective en Angleterre dès 1649 (exécution de Charles Ier) et plus encore après la Glorious Revolution de 1688 (chute des Stuart), ainsi qu’en France dès l’exécution de Louis XVI (21 janvier 1793) – ne pouvait aboutir à la plénitude du pouvoir issu de l’inclination oligarchique qu’avec l’effacement progressif du minimum de démocratie qui avait été instauré au cours du XXe siècle. Ce minimum avait été arraché aux classes privilégiées des républiques bourgeoises, triomphantes au XIXe siècle, sous l’effet des circonstances: excès de l’exploitation capitaliste, montée des socialismes, influence marxiste, création des syndicats, des Internationales socialistes, grèves, interventions de personnalités, etc.

La croissance exponentielle du système capitaliste anglo-saxon, au même moment, est essentielle dans la dynamique d’installation du nouveau pouvoir qui régit les sociétés occidentales et occidentalisées au XXIe siècle. Le retrait de l’Etat, sous la monarchie victorienne, la free hand laissée au pouvoir économique, précipitèrent la nette division sociale entre des possédants enfin maîtres du réel - en disposant au gré de leurs seuls intérêts - et une vaste classe sacrifiée (environ sept millions de personnes), dont les conditions de survie ont été pleinement et impartialement dépeintes par Engels 17 et, plus saisissantes encore dans leur horreur, par les rapports des commissions royales. C’est l’heure où, forts des conclusions pseudo-scientifiques de Herbert Spencer, les Anglais s’arrogent une supériorité raciale dont ils vont faire le soutien de leur politique globale de conquête. Le thème central tient en peu de mots : si Dieu a créé des races supérieures dotées de talents leur permettant des avancées technologiques, stratégiques et économiques décisives, c’est qu’il incombe à ces races d’éduquer les autres, de leur imposer une civilisation conçue comme la civilisation. La décadence de l’Angleterre, à l’orée du XXe siècle, obtint rapidement sa compensation dans la montée en force de la nation sœur : les Etats-Unis.

Au lendemain de la seconde guerre d’Indépendance (1812-1814) déjà, nombreuses furent les voix, de part et d’autre de l’Atlantique, qui préconisèrent un rapprochement entre l’ancienne patrie et la nation issue de la colonisation anglaise de l’Amérique du Nord. De la certitude britannique d’incarner la civilisation, on passe alors vivement aux « connivences transatlantiques » 18 puis au sentiment irrésistible d’une communauté de destin (Lloyd George, Churchill, Thatcher, Blair). Sous l’impulsion des grandes idées stratégiques de l’amiral américain Mahan, puis du Britannique Mackinder, le condominium anglo-américain envisagera sérieusement, inspiré par la « destinée manifeste » américaine, la conquête d’un Empire mondial sous sa direction.

Mahan part du point de vue que le conflit stratégique essentiel, dans le monde, se déroule entre les puissances maritimes (sea power) et les puissances continentales. Il est donc nécessaire que les Etats-Unis édifient une flotte puissante, s’arrogent le contrôle des mers, vassalisent l’Europe et empêchent que se conclue une alliance entre l’Allemagne et la Russie ou entre l’Allemagne et le Japon.

Car l’adversaire naturel de la puissance maritime anglo-saxonne est l’Eurasie.

Mackinder adoptera les positions de Mahan. Il définira l’Eurasie comme étant le cœur même de la puissance continentale (le heartland), dont le contrôle assure la domination de l’île mondiale, cette dernière déterminant la mainmise sur le monde. Cette conception stratégique sera reprise par l’Américain Spykman, pour qui le cœur du heartland est la Russie. La longue guerre civile européenne en deux épisodes (1914-1918, 1939-1945) – le condominium ayant, dans l’évolution conduisant au second épisode, une responsabilité essentielle – parachèvera une vassalisation du vieux continent déclarée stratégiquement nécessaire par Mahan, Mackinder et Spykman, et revendiquée par leur disciple actuel, Zbigniew Brzezinski 19.

La rencontre entre l’impérialisme anglo-américain et l’inclination oligarchique hostile au pouvoir arbitral, où qu’elle se trouve, constitue l’un des tournants historiques les plus décisifs à ce jour. Poursuivant un développement parallèle d’éradication du pouvoir arbitraire, les oligarchies du vieux continent et le condominium anglo-américain allaient se nourrir mutuellement, le second, cependant, apportant au premier une radicalité qui lui manquait. Car, tant l’exécution de Charles Ier et de Louis XVI, que, ultérieurement, la « démocratisation » de la vie politique dans les nations d’Europe occidentale, avaient donné naissance à des régimes mixtes, dans lesquels un système autoproclamé démocratique avec ses tares - cuisine des partis, corruption, démagogies électorales, copinage, minorisation du bien commun – ne pouvait étouffer absolument des velléités de réalisations profitant, en dépit de leurs limites et imperfections, à la collectivité, velléités qui furent généralement l’œuvre de fortes personnalités ou qui furent arrachées sous la pression des événements. Les Etats-Unis, durant toute la période du « capitalisme sauvage » qui avait débuté au lendemain de la guerre de Sécession (1865), avaient vu le monde des affaires s’y emparer de la sphère politique, à tel point que régulièrement l’assertion selon laquelle la politique en Amérique, c’est le business, prenait tout son sens. Ayant fait du gouvernorat des Etats, du Congrès et de la Maison Blanche des succursales de Wall Street et du Pentagone, les Américains étaient tout désignés pour, à la fois, profiter de l’aubaine de la guerre civile européenne, l’utilisant comme un levier pour parachever deux de leurs entreprises prioritaires - la mise sous tutelle de l’Europe et la domination planétaire - et imposer une idéologie capitaliste ultralibérale mondialisée qui servît leurs propres intérêts comme ceux des classes possédantes étrangères affiliées au projet.

De la sorte s’explique la désignation, de la part d’Alexandre Zinoviev 20, sous le nom de suprasociété globale, de ce que l’on appelle communément la mondialisation et qui est, en fait, un système de pillage planétaire complexe des ressources, des richesses et des profits par une petite minorité de privilégiés s’étant, de surcroît, assuré les services d’une classe de domestiques grassement rétribués (administrateurs, ingénieurs, techniciens, PDG, hommes de loi, employés divers), formés dans des écoles de commerce, des universités, des écoles supérieures (ENA, London School of Economics, Harvard, Saint-Gall, etc.), des centres professionnels, domestiques qui ont assimilé le catéchisme idéologique que ressassent à longueur de programmes les médias sonores et visuels.

D’autres que Zinoviev témoignent d’une lucidité au moins comparable. Dans un ouvrage marquant, datant de 2002, le journaliste australien John Pilger, sans se prononcer sur la validité ou non de la thèse officielle du 11 septembre 2001, constatait déjà que cet événement « accelerated the continuity of events, providing an extraordinary pretext for destroying social democracy. 21 » Il citait à l’appui de son affirmation un certain nombre d’éléments, parmi lesquels la dénaturation du Bill of Rights aux Etats-Unis, la réduction de la démocratie au rituel électoral et la concentration des médias entre les mains du monde des affaires. Ce qu’il nomme « social-démocratie » est un système politique dans lequel l’économie serait au service du bien commun et non l’inverse. Avec l’escamotage de la démocratie – indispensable à la réussite permanente du système – c’est bien un système de pillage planétaire qui s’est mis en place, ce que Pilger désigne comme “a sophisticated system of plunder”, dont le résultat est le contrôle de 80 % de la richesse mondiale par une élite comprenant moins d’un milliard de personnes, soit environ 15 % de la population totale de la terre.

La même constatation est faite par le philosophe Jean-Claude Michéa. Par le biais d’organisations internationales (ONU, OMC, FMI, OCDE, Banque mondiale, Union européenne), de groupes de pression, d’une législation appropriée, d’une idéologie totalitaire fondée sur le dogme des droits de l’homme et de la (pseudo-)démocratie, la suprasociété globale (les élites + « la plupart des agents économiques et les politiciens, ainsi que leur nombreuse domesticité ») sont sur le point de pérenniser « un type de société où la richesse et le pouvoir indécents des uns ont pour condition majeure l’exploitation et le mépris des autres ». 22 Naomi Klein, quant à elle, décrit dans un ouvrage majeur les réalités souterraines de l’expansion du système, lequel n’hésite devant aucun moyen pour parvenir à ses fins. 23

L’effacement définitif de la démocratie (c'est-à-dire le peu qui en existait réellement et sporadiquement) s’est clairement matérialisé depuis une vingtaine d’années, avec une nette accélération depuis 2002. Il y eut d’abord la construction à marche forcée, contre la volonté des peuples, d’une Europe conçue par ses créateurs (Jean Monnet en particulier) comme ne devant pas être autre chose qu’un avant-poste - certes essentiel - de l’espace transatlantique dirigé depuis Washington 24. S’est établie ensuite la pratique du contournement, dans laquelle chaque décision exprimée par les peuples (irlandais, néerlandais, français) lors de référendums est systématiquement éludée, soit en obligeant les peuples à revoter dans le sens voulu par les élites, soit en ignorant purement et simplement le verdict exprimé, l’acte anti-démocratique le plus flagrant étant le remplacement du projet de constitution européenne, refusé par le peuple français en 2005, par le traité de Lisbonne, qui reprend, sous une autre forme et en le complexifiant, 95 % du contenu du projet rejeté. Le hiatus entre le non populaire impératif (57 %) et le oui parlementaire massif (90 %) en dit plus long que n’importe quel discours sur le mépris du bien commun manifesté par les représentants du peuple, la confiscation par eux de la res publica au profit du système. Plus récemment, la volonté démocratiquement exprimée par le peuple suisse de ne pas autoriser la construction de nouveaux minarets a suscité la réaction indignée de ce même système. Des mesures ont été exigées afin qu’il soit désormais impossible à un peuple de faire entendre sa voix sur les sujets cruciaux engageant sa manière de vivre, son avenir, voire son existence même (voir la Lettre du mois).

CONCLUSION

Le long développement ci-dessus – qui, disons-le clairement, ne fait que schématiser une évolution historique ayant provisoirement abouti à la réalité géopolitique actuelle – est indispensable à une compréhension globale sans laquelle aucun des faits inscrits par les acteurs politiques, économiques, médiatiques, stratégiques, culturels ou diplomatiques, en ce début de XXIe siècle, n’a véritablement de sens. Ce que l’on appelle par commodité mondialisation est en réalité l’application inversée d’un principe essentiel émis par le premier président des Etats-Unis, George Washington, lors de son discours d’adieu au Congrès : ne jamais s’engager dans des alliances contraignantes. Le type de pouvoir né aux Etats-Unis, vers la fin du XIXe siècle, de la mise sous tutelle de la puissance publique par les intérêts privés, est le corporate power 25. C’est lui qui, par le biais de sa domesticité politique, a tissé un ensemble d’alliances contraignantes étendues à la planète entière, dont tous les fils partent de Washington. Mais s’ils contraignent effectivement les autres à respecter leurs engagements – engagements qui contredisent directement les intérêts des peuples – les Etats-Unis (et avec eux le corporate power qu'ils contrôlent et qui les contrôle) se dégagent de ces contraintes au gré de leurs intérêts. Ils établissent des tribunaux d’exception pour juger leurs ennemis (Tribunal pénal international pour l’Ex- Yougoslavie) mais refusent de reconnaître la Cour pénale internationale sous prétexte qu’aucun ressortissant américain ne saurait être jugé hors des Etats-Unis, ce qui les place de fait au-dessus des lois internationales.

La mondialisation, à travers un réseau d’institutions, a réalisé ce que craignait Voltaire à la fin du XVIIIe siècle : la remise « de la puissance législative à des notables égoïstes, nullement mandatés par la population ». Ce que l’on doit traduire aujourd’hui par : la remise de la puissance législative à des technocrates non élus par les peuples, au service d’une idéologie dogmatique et œuvrant pour un système oligarchique hostile aux peuples 26. Le système sera bientôt doté d’un gouvernement mondial, auquel travaillent aussi bien l’Union européenne que les chefs d’Etats du G20 27.

Dès lors - tout ce que nous venons de décrire procédant de faits objectifs et observables - tous les actes, toutes les décisions, tous les projets rapportés (de manière largement orientée) par les médias doivent être interprétés au moyen de la grille de lecture que nous avons esquissée. Faute d’une telle grille, on ne peut que se voir imposer une interprétation biaisée et continuer à croire que le monde est simple.

L’homme libre doit accepter de s’extirper du cocon des lectures rassurantes. Il devient, en contrepartie, un homme fait.

1 Richard E. Leakey, Roger Lewin, Les origines de l’homme, Arthaud, 1977.

2 Gilbert Chauvet, La vie dans la matière, Flammarion, Paris, 1995.

3 Volonté irrésistible d’affirmation de l’individu, conscient d’être lui-même et non un autre. Volonté plus ou moins forte de se réaliser personnellement, soutenant une ambition, une combativité plus ou moins grandes, variables selon les sujets.

4 Capital financier : moyens financiers ; culturel : savoir, patrimoine, éducation ; social : réseaux familiaux et sociaux, pouvoir sur l’espace) ; symbolique : prestige, image. (cf. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, La Découverte, 2000).

5 François Bluche, Louis XIV, Fayard, 1986.

6 Georges Duby, Histoire de la France, vol. 1, Larousse, 1986.

7 Pierre Bezbakh, L’Histoire de France, Bordas, 1989.

8 Jean-Baptiste Duroselle, Histoire de l’Europe, Perrin, 1990.

9 Le Mercier de la Rivière et Dupont de Nemours, cités par Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, Fayard, 1997.

10 Au moment où la monarchie française avait atteint au stade de l’absolutisme (lorsque la décision du souverain dépend, après consultation de ses conseils, entièrement de lui, en dehors de toute pression extérieure, nationale ou internationale), les rois durent affronter une opposition aux réformes salutaires qu’ils essayaient d’engager aussi colossale que déloyale de la part des parlements, des Etats, du clergé, de la partie de la noblesse la plus favorisée, des salons, de la plupart des intellectuels et des artistes, en bref des privilégiés dans leur most selfish self.

11 Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain. I. Le Haut-Empire, Seuil, 1974.

12 Le mot, ici, doit être distingué de la notion d’arbitraire, dont les républiques ont affublé les monarchies européennes. Il s’agit ici, comme le précise François Bluche, d’une royauté qui « n’est arbitraire qu’au sens où l’entendaient les contemporains de Furetière, c’est-à-dire arbitrale. » (Louis XIV, Fayard, 1986.)

13 F. Bluche, Op. cit.

14 Eugen Cizek, Néron, l’empereur maudit, Arthème Fayard, 1982.

15 Le clergé paya par la suite son égoïsme et son manque de jugement, lesquels sont à l’origine de la vague générale d’anticléricalisme qui sévit durant tout le reste du XVIIIe siècle.

16 Op. cit.

17 Friedrich Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre, Editions sociales, Paris, 1975.

18 Jean Mathiex, Angleterre - Etats-Unis : l’Europe en jeu ?, Le Félin, Paris, 2004.

19 Le grand échiquier, Bayard, 1997.

20 Alexandre Zinoviev, La suprasociété globale et la Russie, L’Age d’Homme, 2000.

21 The New Rulers of the World, Verso, London.

22 Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith, Climats, 2002.

23 Naomi Klein, The Shock Doctrine, Penguin, 2007.

24 Espace qui deviendra officiel en 2015. La préparation de l’échéance par la commission de Bruxelles se déroule dans la plus grande discrétion de crainte d'une opposition frontale des peuples européens.

25 L’opération lancée par Margaret Thatcher lors de la guerre des Malouines n’a pas reçu par hasard le nom de code operation corporate. C’étaient bel et bien les intérêts (par ailleurs opaques) liés au système de pillage planétaire qui étaient en jeu. Il faut également se rappeler les paroles de Pascal Lamy, lorsqu’il était commissaire européen, s’adressant au TABD (Transatlantic Business Dialogue), l’un des plus importants lobbies présents à Bruxelles : « Nous allons faire notre travail sur la base de vos recommandations ».

26 Cela concerne tous les organismes dont les décisions influencent l’avenir et la vie des peuples, de l’ONU à l’Union européenne, en passant par les banques centrales, l’OMC, l’OTAN, le FMI, etc.

27 Nicolas Sarkozy l’appelle de ses vœux et le déclare inévitable. Juan Manuel Barroso, le président de la commission européenne, a été sans ambiguïté lors du Forum juif européen d’octobre 2009 en présentant « la gouvernance globale en formation » comme sa priorité.