ENTRETIEN VIII

Réd. : Professeur Koltec, nous ne vous avons plus consulté depuis plusieurs mois. Permettez-nous de vous poser quelques questions à propos de l'actualité immédiate.

K. : Je vous en prie.

Réd. : La Suisse est, depuis peu, couverte d'affiches avisant les citoyens de mettre un terme à ce qu'elles nomment "une immigration massive". Qu'en pensez-vous ?

K. : Je suis d'autant mieux placé pour analyser la situation sereinement que je suis moi-même étranger dans ce pays. Je n'en ai pas acquis la nationalité et ne suis établi ici qu'en tant que détenteur d'un permis C. Je ne puis donc être soupçonné ni d'être le porte-parole des défenseurs de l'ouverture absolue des frontières ni, au contraire, de faire preuve de racisme ou de xénophobie.

Réd. : C'est exact.

K. : Il s'agit, une fois encore, d'examiner calmement les données. Les affiches sont l'oeuvre de l'UDC. Les adversaires de l'invitation à stopper l'immigration, obnubilés par leur hostilité sans nuance à ce parti, s'arrêtent généralement à cela. C'est l'UDC qui appelle à la vigilance, donc ce qu'ils préconisent est irrecevable. J'admets que ce parti n'est pas toujours très habile, que ses dirigeants sont plutôt bornés, qu'ils répugnent, notamment, à faire appel à des forces nouvelles, plus subtiles, sans doute par crainte de perdre, comme tous les caciques de tous les partis, des positions internes longtemps convoitées et chèrement obtenues. Mais la question, pour les citoyens, n'est pas là. Peu importe qui attire l'attention du citoyen sur l'immigration massive. Le seul problème qui vaille est : y a-t-il immigration ? et si oui, est-elle massive ?

Réd. : Et que répondriez-vous ?

K. : Y a-t-il immigration ? Bien entendu. Il faut être aveugle, stupide ou d'une mauvaise foi crasse pour nier le mouvement global que subit l'Europe. En France, ce ne sont pas moins de 200 000 entrées légales sur le territoire qui ont eu lieu l'année dernière, sans compter les dizaines de milliers d'entrées illégales. En Suisse, plus de 24 % de la population est d'origine étrangère (je suis l'un de ces étrangers). Peut-on alors parler d'immigration massive ? Oui, sans l'ombre d'un doute. A partir de là, cessons de nous laisser gagner par un sentiment de haine envers ceux qui, par voie d'affiche, mettent ce fait en évidence. Considérons simplement le fait lui-même : il y a indiscutablement immigration massive, en Suisse comme ailleurs. Dire cela, qui est une pure constatation objective, ce n'est être ni raciste ni xénophobe, c'est se pencher sur un problème qui exige un traitement urgent.

Réd. : Un sondage récent, réalisé par le Blick, semble indiquer que la population suisse, dans son ensemble, juge plutôt positif l'afflux d'immigrants et ne craint pas la concurrence que ceux-ci pourraient représenter, en particulier sur le plan de l'emploi.

K. : La question suivante, en effet, est de savoir si cette immigration massive est bonne ou mauvaise pour la Suisse. Les sondages, il faut s'en rendre compte, ne sont pas fiables. On fait dire ce que l'on veut aux sondés dès lors que la question posée l'est de manière habile. Les sondages sont devenus, au fil des années, un instrument de contrôle des masses privilégié de la part des "élites". Le sondage du Blick, par exemple, suggère habilement que les pessimistes, ceux qui voient dans l'immigration un danger, se trouvent majoritairement parmi les plus de 54 ans (sous-entendu : les vieux, les hors-course, ceux qui ne comprennent plus rien à rien, qui sont dépassés) et les classes les moins éduquées (sous-entendu : ils sont trop bêtes pour saisir la chance que constitue l'afflux d'étrangers). Le citoyen influençable - c'est-à-dire la plupart - se dit que non, décidément, il n'est ni dépassé ni un crétin, donc il vote pour l'ouverture des frontières et l'immigration massive. Le procédé est malhonnête, mais il est efficace.

Réd. : L'immigration massive est donc un danger ?

K. : Evidemment. Cela a toujours été le cas. Lorsque Caracalla, vers 212 de notre ère, décida de donner à tous les "pérégrins" de l'Empire la citoyenneté romaine, il gagna peut-être de nouveaux contribuables (c'est ce que pense l'historien romain Dion Cassius), mais il fait surtout bénéficier tout le monde d'une nationalité qui va progressivement faire perdre aux Italiens le sens de la patrie. Si tous, Italiens et non Italiens, sont égaux et jouissent des mêmes droits, à quoi bon être citoyen de vieille souche d'un pays dont les ancêtres se sont échinés à labourer le sol, à faire fructifier les atouts, à construire l'identité ? Durant le dernier siècle de l'Empire romain d'Occident, on le sait, les Italiens ne croyaient plus à l'Empire et se le sont laissé subtiliser par les peuples germaniques. Il en va de même pour l'Europe d'aujourd'hui. Que les voisins français, allemands, italiens, espagnols viennent s'intégrer à la Suisse, il ne saurait y avoir d'objection trop marquée puisque nous sommes de même culture et avons souvent des ancêtres communs, mais quand affluent trop d'Européens de contrées plus éloignées ou de non Européens, c'est l'identité même du pays qui est en cause et, partant, le sens même de la citoyenneté. Effacer le patriotisme, favoriser la subtilisation des nations d'Europe par des ethnies étrangères dont les moeurs et la culture n'ont rien à voir avec l'Europe, c'est ce que veulent les oligarchies mondialisées.

Réd. : C'est donc par volonté politique que l'immigration est favorisée?

K. : C'est évident.

Réd. : Dans quel intérêt ?

K. : L'intérêt est double. D'une part, il s'agit d'effacer les nations européennes pour faire de l'Europe un vaste melting-pot à l'américaine et donc, à terme, une simple annexe des Etats-Unis. D'autre part, il s'agit pour les multinationales et l'oligarchie financière de dresser face aux citoyens une concurrence salariale qui fasse continuellement baisser les rémunérations, le corollaire étant le maintien d'un chômage important, instrument de contrôle efficace puisque les citoyens ordinaires doivent se battre pour survivre, ce qui a pour conséquence qu'ils se désintéressent du contexte politique général, en dehors de la farce courante : campagnes électorales, élections, etc. Ce contexte, on le connaît : une société qui se déshumanise de plus en plus, dont les classes moyennes se paupérisent chaque jour davantage; une société qui va vers un monde bifide : une minorité de puissants, dont les instruments internationaux (FMI, Banque mondiale, OMC, banques centrales, Commission européenne) et une gouvernance globale qui se consolide régulièrement leur assurent une mainmise totale sur les richesses extraites et produites, minorité qui domine et exploite une masse immense soumise à ses intérêts et incapable de réagir.

Réd. : Stopper l'immigration de masse est donc un impératif ?

K. : Evidemment. C'est aussi une simple question de bon sens. Au cours d'un débat récent, j'ai entendu l'argument suivant : la Suisse est à même de produire assez de nourriture et de ce qui est indispensable à la vie pour 9 millions d'habitants aussi bien que pour 5 millions. L'immigration est donc inoffensive et elle peut être encouragée. J'ai rarement entendu plus grande stupidité. C'est une question de bon sens, je l'ai dit. Le territoire suisse est limité. Il est d'un peu plus de 41 000 km2. Il ne faut pas sortir de polytechnique pour saisir que l'on vit mieux à 5 millions qu'à 9 sur un nombre de km2 qui reste immuable. Prétendre le contraire relève de l'asile ou de l'idéologie. En l'occurrence, il s'agit plutôt de la seconde.

Réd. : C'est-à-dire ?

K. : Les oligarchies et leurs idiots utiles ont réussi, via l'éducation, les médias, des associations subversives, etc., à convaincre une majorité de citoyens que défendre son identité, penser d'abord à soi et aux siens, se protéger par des frontières, des lois, c'était s'opposer à la Bible laïque actuelle : les droits de l'homme. Ceux qui, bec et ongles, veulent favoriser l'ouverture totale vis-à-vis de l'étranger sont, pour la plupart, prisonniers de cette idéologie droits-de-l'hommiste qui agit en véritable poison. Seule l'Europe, entre parenthèses, y adhère complètement. Nous sommes en effet les seuls, dans le monde entier, à ne pas nous défendre. Pire, nos autorités politiques, qui ne sont que les domestiques des oligarchies, agissent en sous-main de manière à paralyser nos défenses immunitaires. Pourquoi croyez-vous, par exemple, que l'on ait modifié les plaques minéralogiques, sur lesquelles, à mesure que les anciennes disparaissent, les marques spécifiques de région, de département, de nation ont été soit effacées soit rendues minuscules ? Comment distinguer aujourd'hui une plaque italienne, française, espagnole, par exemple ? Sans être à deux ou trois mètres, c'est impossible. Cela rend également la tâche plus difficile pour la police, mais l'encouragement à la déliquance, à l'insécurité est aussi une priorité politique, comme l'est le chômage. Pourquoi pensez-vous que l'on rend les études de médecine de plus en plus difficiles pour les Européens de l'ouest ? Pour pouvoir prétendre ensuite qu'il manque de médecins - ce qui est exact - et qu'il est impératif d'en faire venir d'ailleurs. Toutes ces manoeuvres n'ont qu'un seul but, double : éliminer les nationalités européennes et maintenir les populations sous la menace du chômage.

Réd. : L'UDC a donc raison ?

K. : La question n'est pas là, encore une fois. Que l'incitation à refuser l'immigration massive vienne de l'UDC ou d'un autre parti n'a pas d'importance. L'UDC se contredit d'ailleurs souvent. Elle pointe du doigt les problèmes qui méritent effectivement un débat, mais en même temps elle soutient le capitalisme ultralibéral et le monde de la finance. Ce n'est donc pas à l'UDC qu'il faut penser, en l'occurrence, mais à la manière dont les citoyens peuvent encore - plus pour longtemps, à mon avis - arrêter une immigration qui, à terme, effacera l'identité suisse puis européenne.

Réd. : Professeur Koltec, je vous remercie.