Février 2010

FAITS ET CONCLUSIONS : LE VOTE SUISSE SUR LES MINARETS (II)

Nous avons examiné, dans la Lettre de janvier, la manière dont le message exprimé par la majorité du peuple suisse lors de la votation du 29 novembre 2009 a été accueillie par les différents protagonistes politiques, médiatiques, sociaux, culturels, ainsi que le contexte global dans lequel s’est déroulée la consultation. Le contexte est manifestement celui des derniers feux d’une pratique démocratique déjà aux trois quarts effacée du paysage actuel, la décision populaire, à contre-courant du politiquement correct, ayant enclenché un processus d’éradication des droits d’initiative et de référendum qui, avant longtemps, devrait rendre le peuple muet. Déjà absents de l’arsenal politique dans la plupart des pays européens, droits de référendum et d'initiative restent les ultimes instruments réellement démocratiques à la disposition des citoyens suisses, mais ils ont été décrits, en la circonstance, comme un « luxe » par les porte-voix des oligarchies, ce qui annonce leur disparition prochaine. Quant au message délivré, il est transparent. Face à une mondialisation qui ne sert qu’une minorité et sa domesticité, le peuple suisse – qui, de l’aveu même de ceux qui lui ont donné tort, serait imité par tous les autres peuples d’Europe si on les laissait s’exprimer – a clairement manifesté son désarroi. Celui-ci s’est concentré sur un symbole qui, quoi qu’en ont dit la plupart des observateurs, n’est pas anodin. Le minaret traduit en effet un contenu qui est perçu tantôt comme dérangeant, tantôt comme provoquant et agressif, tantôt comme purement décoratif, mais qui véhicule l’affirmation de moins en moins discrète d’une religion holistique qu’une majorité d’Européens estime, sinon dangereuse, du moins imcompatible avec les quelques valeurs typiquement européennes qui émergent encore parmi nos populations rongées de doute, valeurs qui fondent leur identité. Cette perception est-elle justifiée ? C’est ce que nous nous proposons d'examiner.

1. UNE CRAINTE JUSTIFIEE ?

Le vote suisse sur les minarets, nous l’avons vu, exprime, entre autres choses, une crainte certaine vis-à-vis d’une éventuelle islamisation du pays. Ce sentiment, qui est de plus en plus fort dans les populations européennes en général, a-t-il quelque raison d’être ? La réponse, si l’on s’en tient aux chiffres, est sans doute oui. Près de 20 millions de musulmans vivent dans l’Union. Encore s’agit-il là d’un chiffre officiellement reconnu, ce qui signifie qu’il faut probablement le majorer de 40 ou 50 %. Partons donc du chiffre de 30 millions. Sur une population totale de l’UE de 495 000 000 (494 296 900 pour être précis), cela représente 6 %. Dans l’absolu, il est d’usage de considérer que l’homogénéité d’une population n’est point mise en péril tant que la proportion d’éléments étrangers à sa culture, à ses mœurs, à sa composition identitaire ne dépasse pas 4 ou 4,5 %. Au-delà commence une subtile dilution qui, si elle se poursuit, modifie insensiblement ce qui fait de cette population sa spécificité.

La question qui se pose alors est la suivante : est-il scandaleux d’imaginer qu’en effet une population donnée puisse évoluer de ce que les siècles l’ont faite vers quelque chose qui n’est plus tout à fait elle mais l’entraîne irrésistiblement vers une identité autre ? En dehors des partisans du métissage absolu (problème qu’il conviendrait également d’examiner), prédominent ceux qui poussent les hauts cris aussitôt que l’on veut attenter à l’identité des peuples africains, asiatiques, etc. Ces gens-là ont certes raison. La richesse de l'humanité réside essentiellement dans sa diversité : diversité d’apparences physiques (couleur de la peau, physionomie), de mœurs, de cultures, de visions du monde. Il semble toutefois qu’une telle revendication de respect pour la diversité soit légitime – et elle l’est – pour tous les peuples de la terre, sauf pour les peuples d’Europe. Dès que les Français ou les Suisses ou les Italiens se mettent à revendiquer leur « francité », leur « suissité », leur « italianité », des voix s’élèvent pour fustiger cette exigence dont on reconnaît pourtant le bien fondé aux autres. C’est à une véritable entreprise de culpabilisation des peuples européens que des intellectuels, des associations, des journalistes, des politiques se livrent depuis 1945, comme si les atrocités commises durant la seconde étape de la guerre civile européenne commencée en 1914 ne se retrouvaient pas, à travers l’histoire, dans toutes les civilisations et chez tous les peuples de la terre. Dès lors, réclamer que la France demeure ce que les siècles ont fait d’elle, que la Suisse, déjà excessivement ouverte aux influences étrangères, veuille rester ce qui fait d’elle ce qu’elle est, qui serait accepté et même salué de la part de n’importe quel peuple non européen, est jugé scandaleux et condamnable. Que n’entendrait-on pas si le Cameroun ou la Guinée se mettaient à « blanchir » ? Acquérir la nationalité japonaise est pratiquement impossible si l’on n’est pas asiatique. Dans ces trois cas, les obstacles à ce qui constituerait une aliénation de l’identité nationale et/ou ethnique semblent à tous salutaires. Pourquoi, dans le cas de l’Europe, toute tentative de préserver ce qu’elle est doit-elle être jugée attentatoire à on ne sait quelle liberté individuelle, à on ne sait quel droit de l’homme (quel homme ?) et, pour peu que celui qui s’exprime fasse preuve d’imprudence, doit-elle conduire tout droit au tribunal ? Dans le cas de la Suisse, pourtant, la situation, au regard des statistiques, est davantage prononcée que dans l’ensemble de l’Europe. Sur une population d’environ 7 millions, le nombre de musulmans est passé de 56 000 à 500 000 en l’espace de trente ans, c’est-à-dire que ces derniers dépassent les 7 % de la population autochtone. Si l’on ajoute à ce chiffre celui des étrangers non européens, on atteint allègrement les 12 ou 13 %. Position que l’on ne peut que qualifier de suicidaire.

Mais, objecteront certains, en quoi le fait que l’islam acquière une importance sensible en Europe et particulièrement en Suisse constitue-t-il une menace ? Y a-t-il quelque chose dans l’islam qui en fasse une idéologie redoutable ? Là encore, il convient d’aborder sans a priori un fait religieux qui – pourquoi, somme toute, en irait-il autrement ? - ne devrait pas se distinguer du judaïsme (qui paraît assez inoffensif), du christianisme (qui est la religion qui a fait l’Europe moderne, comme le paganisme avait fait l’Europe antique) ou du bouddhisme. En ce qui concerne ce dernier, son aspect édulcoré, popularisé par le dalaï lama et ses discours passe-partout, spirituellement mièvres, ne doit pas nous leurrer. Son appel au détachement des choses de ce monde, son universalisme antinomique de tout attachement à une société organisée lui a toujours attiré l’hostilité de pays à forte conscience collective comme la Chine, où, au IXe siècle de notre ère, il finit par être, à juste titre, frappé d’interdiction. Le détachement des biens, par ailleurs, n’a pas empêché l’aristocratie des moines tibétains d’établir chez elle un système esclavagiste auquel les Chinois, en 1950, accueillis en libérateurs, mirent un terme. Le christianisme, lui, a longtemps véhiculé l’intolérance sauvage propre aux monothéismes issus du Moyen-Orient. La proclamation d’un dieu unique, n’acceptant aucun rival, attelé à détruire les religions autres, avait heurté les Romains, modèles d’ouverture religieuse, accueillants à toute croyance pourvu qu’elle ne mette pas en péril l’unité de l’Etat. Faute de tuer dans l’œuf cette religion allogène et si contraire à la mentalité européenne, l’Empire romain laissa croître son influence. Lorsqu’enfin les empereurs se décidèrent à intervenir (Marc-Aurèle), le christianisme sévissait depuis un siècle et demi, entraînant dans son sillage bon nombre de membres des classes dirigeantes. Une nouvelle tentative fut le fait de Dioclétien, grand homme d’Etat, empereur honnête et soucieux de l’unité de l’Empire. Cependant, entre les mesures prises par Marc-Aurèle et celles de Dioclétien, un nouveau siècle et demi s’était écoulé. L’éradication du christianisme relevait donc de la gageure.

En admettant que la progression de l’islam suive une logique identique, peut-on concevoir, d’ici un siècle ou deux, une Europe musulmane sur le modèle de l’Europe chrétienne ? On peut en douter. Si le christianisme s’est peu à peu européanisé, intégrant, à son corps défendant, des éléments essentiels du paganisme, développant harmonieusement, notamment dans l’expression artistique, un sens du sacré, de la beauté plastique, de la grâce sensuelle inhérent à la conception gréco-latino-germanique de l’Europe, l’islam, lui, en est incapable.

2. UNE RELIGION TOTALE

Les meilleurs spécialistes de l’islam sont unanimes sur un certain nombre de caractéristiques de cette religion qui, toutes, laissent mal augurer de son éventuelle intégration à la réalité européenne, si peu que la mondialisation en laisse subsister. Comme la Bible, le Coran, pour un regard neutre, est un livre fourre-tout, qui n’a de sens que pour les croyants. La différence, toutefois, est essentielle entre la première, chargée de régler la vie spirituelle et donc désormais maintenue dans le privé, et le second, qui prétend régir l’ensemble de l’existence individuelle et collective. Le Coran est tout autant un livre de religion qu’un ouvrage politique, juridique et moral. Rien ne lui échappe. Ses imprécations contre les Infidèles et les mauvais musulmans, ses exhortations à la guerre sainte, ses règles civiques, ses prescriptions touchant à la vie privée ne peuvent connaître ni atermoiements ni amendements. Quiconque n’est pas musulman est appelé à le devenir, ainsi le dit la parole de Dieu et cette parole est Loi (sharia) pour tout homme. « Séparer strictement religion et politique pour éviter tout conflit entre elles est une idée totalement étrangère à l’islam »1. Or, si tout est religion et si, d’autre part, l’islam « fait de tout Musulman un prosélyte et un combattant » et qu’enfin, comme le proclame un sage musulman, « lorsque deux religions s’affrontent, ce n’est pas pour se comparer et se décerner des compliments mais pour se combattre. C’est pour cela que jamais vous ne nous entendrez dire que nous respectons votre religion… De votre part, ce respect à l’égard de la nôtre paraît une abdication : vous renoncez à nous imposer votre foi, nous ne renoncerons jamais à étendre l’Islam » 2, on comprend ce que le professeur Bruno Etienne veut dire lorsqu’il affirme « qu’il n’y a aucun dialogue possible entre les religions monothéistes ». Le but avoué de l’islam étant de « réaliser l’Etat islamique mondial » et de faire en sorte que la communauté musulmane soit en mesure de « devenir unique sur l’ensemble du monde » 3, on ne voit guère par quel miracle une quelconque compatibilité entre l’islam et l’Europe pagano-chrétienne serait en mesure d’advenir.

René Marchand, autre spécialiste de la culture musulmane, a longuement analysé le décalage entre l’idée romantique que se font de l’islam nombre d’Européens et la réalité là où celui-ci est majoritaire. Citant comme exemples l’Espagne ancienne et la situation actuelle des chrétiens d’Orient, il souligne la prévalence du concept de dhimmitude, qui est le lot des minorités religieuses en terre d’islam. Regardés comme des citoyens de seconde zone, les chrétiens et les juifs (dhimmis) sont soumis à un tribut particulier, impôt destiné « à avilir et à rapetisser les non-musulmans », autant qu’incitation à se convertir. Toujours suspectés, ces derniers, dans l’Espagne musulmane, n’avaient en outre pas le droit de porter des armes ni d’exprimer une opinion. Dans l’Irak née de la révolution de 1958, « le parti Baas, fondé par le Grec orthodoxe Michel Aflak, accorde la liberté de religion, de croyance et de culte malgré le maintien de l’Islam comme religion d’Etat » 4, situation qui a changé du tout au tout depuis l’agression américano-otanesque. Le refus de la communauté chrétienne d’accepter la dhimmitude, notamment de payer la taxe, a coûté la vie à Mgr Paul Rahho, archevêque chaldéen de Mossul, assassiné en mars 2008. Chaldéens catholiques et Assyriens orthodoxes subissent, au Kurdistan irakien, persécutions, assassinats, attentats, meurtres de prêtres et de religieux, confiscations de terres. En Turquie, l'espace réservé aux chrétiens se réduit progressivement, autant que leur insécurité s'accroît.

3. ISLAM ET AMBIGUITE

Face à ces faits confirmés tant par la lecture du Coran que par les plus grands spécialistes de l’islam, la réalité de chaque jour nous renvoie d’autres images. Quel Parisien n’est-il pas attaché à l’épicier musulman du coin de sa rue, souriant, ouvert à toute heure, toujours prêt à rendre service ? Qui n’a pas connaissance d’un Tunisien, d’un Marocain ou d’un Algérien de son quartier, avec sa femme discrète et ses enfants vifs et polis ? Quel étudiant, quel intellectuel n’a-t-il pas, au cours de sa carrière, côtoyé un condisciple ou un collègue musulman brillant et cultivé, connaissant aussi bien la culture occidentale que la sienne propre ? Baigné dans un tel contexte, comment prendre au sérieux le fond intransigeant et bien réel d’un islam guerrier et prosélyte, avec ses attentats, ses immams barbus et ses exigences rituelles ? Dans l’Irak de l’an 2000, invité à donner une conférence à l’Université de Bagdad, l’un de nos experts fut enchanté par ces centaines d’étudiants, jeunes filles et jeunes hommes, attentifs, curieux, aimant l’Europe (qui le leur rend si mal), le pressant de questions, follement intelligents et dont l’enfance et la première jeunesse leur ont été, de leur propre aveu, volées par les conquérants assoiffés de pouvoir venus du Pacifique.

Surgissent alors les reproches liés à la colonisation. Reproches qui paralysent la volonté des Européens de rester eux-mêmes et lézardent le miroir dans lequel ils lisent leur grandeur passée. Leurs gouvernants, il est vrai, commettent la faute d’agir en complice du duo Amérique-Israël, pilleurs de vies autant que de souverainetés. Comment les musulmans, comment les Arabes aimeraient-ils l'Europe, qui n'est plus, somme toute, que la vassale de puissances matérialistes piétinant des dieux qui ne sont pas les leurs et qu’ils se permettent d'appeller "faux" ? Comment s’étonner que dans le silence des camps de réfugiés se fomentent les revanches ? Les Européens comprennent-ils assez que se déroule sous leurs yeux une réislamisation de ces foules qui migrent vers les nations d'Europe par centaines de milliers d'individus chaque année, réislamisation qui donne à ces derniers identité, force et courage ? Ils témoignent souvent à l'Europe leur mépris (les plus jeunes surtout). Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Ils voient les Européens cracher sur leur histoire, sur leurs grands hommes, sur leurs traditions. Ces exilés sont fiers de leur appartenance ; leurs hôtes renient la leur. Ces exilés se rappellent leurs conquêtes d'antan; leurs hôtes rougissent des leurs. L’esprit de bande dans les banlieues, la transgression, la violence, l’application d’une justice de clan dans des zones où les forces de l’ordre n’osent plus s’aventurer, tout cela est pour les jeunes des cités signe de virilité et d’orgueil. Devant l'abdication des autochtones, leurs atermoiements, leurs excuses pour ne pas sévir, que peuvent-ils éprouver sinon du mépris ? Le mépris que l’on a pour les civilisations décadentes. Les ancêtres des Européens, parfois, avaient tout perdu, fors l’honneur. Même l’honneur, aujourd’hui, échappe à leurs descendants.

C’est pour tout cela qu’une frange toujours plus importante de musulmans mettent les Européens à l’épreuve. Pour cela qu’ils exigent la proclamation du ramadan à l’égal de Noël ou de Pâques, la séparation entre hommes et femmes dans les piscines, la nourriture halal dans les cantines et les restaurants, le port du voile et celui de la burqa dans les lieux publics, que les femmes soient examinées exclusivement par des médecins femmes dans les hôpitaux, que le travail s’interrompe dans les usines et que des rues soient interdites à la circulation pour qu’ils puissent s’adonner à la prière. C’est pour cela que se poursuivent les excisions, les mariages forcés, les meurtres d’honneur. A chaque exigence supplémentaire, ils testent ceux chez qui ils se sont invités, pour voir jusqu’à quelle abjection du renoncement à eux-mêmes leurs hôtes descendront. Alors, oui, le jour où l’islam sera majoritaire en Europe 5, les Français, les Suisses, les Italiens, les Allemands connaîtront l’humiliation suprême : la dhimmitude dans leur propre patrie, cette terre de leurs pères qui, alors, les reniera parce qu'ils l’auront trahie.

4. LA SUISSE ET LES MINARETS

La réaction suisse est-elle un gage de sagesse retrouvée de la part d’au moins un peuple européen ? Mais les peuples, si l’Europe vivait effectivement dans un environnement démocratique et non à l’intérieur d’un exhibitionnisme aux couleurs démocratiques digne d’une émission de téléréalité, diraient eux aussi leur méfiance et leur volonté de demeurer ce qu’ils sont, tels que l’évolution historique les a faits. La prééminence des parlements, partout, le refus d’avoir recours au référendum ou, si tel est le cas, d’en reconnaître les résultats dès lors qu’ils contredisent les désirs de l’oligarchie mondialisée, n’a d’autre but que de prodiguer le roman du peuple souverain – qui s’en contente – au grand dam de ceux qui savent que le jeu est un jeu de dupes. La majorité des musulmans d’Europe désirent vivre en paix et, dans la mesure où leur religion, vécue avec plus ou moins de conviction, le leur permet, en bonne entente avec les peuples européens. Mais comme l’a démontré René Marchand, cette majorité est sans cesse sollicitée par les tenants d’une « reprise de la dynamique fondamentaliste involutive », ce trait générique de l’islam. Dynamique accueillie favorablement par beaucoup car elle est porteuse d’identité pour des individus et des groupes « bousculés, humiliés, étrangers à nos cultures et les récusant ». L’islam les remplit d’une fierté renouvelée, celle de l’appartenance – par rapport aux Européens, constamment invités à flétrir la leur –, de la participation à une histoire glorieuse faite de victoires sur les croisés et d’accomplissements artistiques.

Doit-on croire alors à la stratégie de conquête « en peau de panthère », consistant à envahir l’Europe par une immigration tantôt niée par nos « élites », tantôt décrite comme inoffensive et enrichissante, puis à répondre favorablement à la réislamisation au nom de lendemains de revanche ? Il est vrai qu’en dehors de quelques exaltés, la violence n’est pas plébiscitée par la plupart des musulmans en Europe, mais n’est-ce pas le signe que la stratégie s’est mise en place, prioritairement non violente, tout en endormissement des foules européennes, avec la complicité des classes politiques dont les buts, en la matière, sont obscurs à presque tout le monde ? Ces zones de non-droit, dans les banlieues et ailleurs, ne serviront-elles pas un jour, comme l’annoncent René Marchand et d’autres, de « places de sûreté », semblables à celles que les protestants avaient exigées d’Henri IV avant que Richelieu, lucide, ne les supprime ? Progressivement, les Européens, culpabilisés, s’habituent à l’idée apparemment innocente que l’islam, les foules islamiques ne sont en rien différents d’eux-mêmes, qu’ils « s’intègrent » - alors que tout démontre qu’il n’en est rien – et deviennent, au fil des générations, aussi bons Suisses, Français, Italiens qu’ils sont bons musulmans. Sans doute même sont-ils sincères, d’ailleurs, et aspirent-ils à vivre ici comme tout Européen « de souche »6 .

La question, toutefois, reste posée : leur en laissera-t-on le loisir ? Auront-ils le choix ? Le directeur de l’Institut pour la pensée islamique de Londres, Assam al-Tamini, traitant un élu légitime du peuple suisse, Oscar Freysinger, de « nouvel Hitler », ne répond-il pas par avance et de sinistre manière à une question que l’on interdira peut-être bientôt aux peuples européens de se poser ?

1. Bruno Etienne, L’Islamisme radical, Hachette, 1987.

2. Ibid.

3. Ibid.

4. Antoine Assaf, « Europa et la destinée des chrétiens d’Orient », Europe entre Orient et Occident : Du mythe à la géopolitique, L’Age d’Homme, 2007.

5. Mohamed est déjà le prénom le plus donné à l'état civil de Marseille et de Bruxelles. En 2030, la capitale belge sera majoritairement musulmane.

6. Nous sommes conscients que cette notion fait frémir de colère les universalistes, les partisans du « village mondial » américanisé. Nous la revendiquons tout de même, car sa pertinence est incontestable.