AVRIL 2010

FAITS ET CONCLUSIONS : CHINE, DE L’EMPIRE A L’EMPIRE

Deux fois soumis à des dynasties étrangères, mongole sous les Yuan (1279-1368) et mandchoue sous les Qing (1644-1911), les Chinois ont surtout été traumatisés par la perte de leur souveraineté face à un troisième envahisseur : l’Occident élargi (Europe + Etats-Unis). Depuis qu’ils s’en sont émancipés, ils ont pour priorité une volonté de revanche, doublée d’un souci de prévention : surtout ne pas retomber sous la coupe d’une puissance étrangère. Comme l’a adroitement formulé John L. Thornton dans Foreign Affairs (Janv./Fév. 2008) : “China’s real purpose : becoming a country that could no longer be bullied by outside powers.” C’est ce qui explique à la fois le retour à un empire fort et la détermination du politique à piloter le capitalisme dans le seul intérêt national, suivant des critères purement nationaux et hors de portée de toute intervention étrangère.

1. L’EMPIRE COMME SOLUTION

Territoire immense et varié, allant de la Mongolie au nord à l’île de Hainan au sud et du plateau du Pamir à l’ouest à la frontière coréenne et à la mer Jaune à l’est, pays de plaines fertiles et de montagnes majestueuses, de lacs paisibles et de cours d’eau tantôt tumultueux et tantôt paresseux, nation la plus peuplée du monde, dominée par les Han (93 %) mais regroupant cinquante-six nationalités différentes, la Chine s’est longtemps trouvée confrontée au problème de son unité. Lorsqu’aux trois dynasties primitives des Xia, des Shang et des Zhou de l’Ouest succéda celle, déclinante, des Zhou de l’Est, le système perdit rapidement de sa cohésion. De société esclavagiste relativement cohérente, la Chine devint féodale. Durant la première époque, celle des Hégémons (770-476 av. notre ère), près de 140 principautés prirent leur autonomie et se livrèrent d’incessantes guerres d’annexion. Au début de la seconde période, celle des Royaumes combattants (475-221), il n’en resta plus que 7. Si cette ère féodale connut de fréquents moments de division et de lutte, sa caractéristique principale réside toutefois dans le sentiment d’unité qui s’y dessinait déjà. Il y manquait un élément rassembleur capable de donner à l’ensemble une structure suffisamment forte. Comme toujours dans l’Histoire 1, un tel élément consiste en un personnage d’exception, porteur d’une volonté d’imperium, impliquant commandement et charisme. Aux forces de déstructuration, inhérentes à l’univers, il est capable d’opposer une puissance d’harmonisation et d’intégration. Défaisant le sécessionnisme dû aux régionalismes, défaisant également les intrigues résultant des intérêts particuliers des oligarchies (ici, celle des propriétaires fonciers), défaisant enfin les velléités sporadiques des masses (paysannes, en l’occurrence), Qin Shi Huangdi (Ts’in-che Houang-ti), prince de l’Etat de Qin, devint le premier Empereur de Chine. Avec brutalité, certes, il appliqua son projet (hérité de ses prédécesseurs de Qin) d’un espace unifié, instaura un pouvoir central absolu, promulgua un code pénal sévère mais juste et applicable à tous, stimula la production agricole, favorisa marchands et artisans tout en les tenant en lisière (il déportera 200 000 familles) et en les imposant lourdement. Il uniformisa poids et mesures, monnaies, caractères d’écriture et construisit la Grande Muraille. Tant bien que mal, par la suite, les dynasties qui se succédèrent maintinrent cet immense pays en un tout cohérent, permettant le développement d’une civilisation brillante.

Après les Han antérieurs (206-8), les Han postérieurs (23-220), les trois royaumes de Wei, Wu et Shu (220-280), les Jin de l’Ouest (280-316), les Six dynasties (316-580), les Sui (581-618), les Tang (618-907) et les Song (960-1278), ces deux dernières hissant la Chine à un niveau inégalé de grandeur et d’accomplissement, arrive la première dynastie étrangère, celle des Yuan (1279-1368), issue de la conquête mongole sous Gengis Khan puis par les généraux de Kubilai. Une période d’humiliation, au cours de laquelle les populations chinoises sont confinées à un statut subalterne et les meilleures terres confisquées par les conquérants, est suivie d’une patiente sinisation des nouveaux maîtres, qui s’assurent même les services des meilleurs généraux chinois lors de leurs essais de conquête de la Corée. Les Mongols finissent par être renversés et les Ming (1368-1644) consacrent le retour à une dynastie nationale. Etat multinational fermement unifié, aux liens économiques et culturels étroits, l’Empire Ming voit l’établissement d’un premier capitalisme, une floraison scientifique et culturelle remarquable et le renforcement des relations commerciales avec les peuples étrangers (commerçants, étudiants, artistes, savants, missionnaires). Au milieu du XVIIe siècle, les difficultés rencontrées par les derniers empereurs Ming et la menace mandchoue annoncent l’instauration de l’ultime dynastie de l’Ancien Empire, les Qin (1644-1911). Ils mèneront le pays, dès 1750-1850, de crises en crises et de concessions en concessions, à l’effondrement.

Le choc de l’impérialisme occidental se fait particulièrement sentir à partir de 1839, lorsque la Grande-Bretagne, qui se livre alors au trafic de l’opium sur une grande échelle, désorganisant l’économie chinoise, a recours à l’agression armée contre les autorités de Pékin, décidées à mettre un terme à ce négoce lucratif instauré à leur détriment. Corrompu, le gouvernement des Qing renonce à soutenir la révolte populaire et, de crainte que celle-ci ne finisse par le renverser, se joint aux forces de l’envahisseur. Avec la signature du Traité de Nankin (1842), la Chine entre dans l’ère des « traités inégaux », qui bradent sa souveraineté, aliènent son économie au profit des importations étrangères et ruinent ses finances. Les deux révoltes principales, celle des Taiping (1850-1864) et celle des Boxers (1900), échouent. Peu enclin à renoncer aux perspectives alléchantes que représente le marché chinois, le capitalisme international (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Russie, mais aussi compradors 2) intervient à plusieurs reprises militairement : 1884 (France), 1894 (Japon), 1899 (Etats-Unis). C’est en septembre 1899, que les Américains imposent la politique de la « porte ouverte », ouverture forcée du territoire chinois au commerce et à la navigation des puissances occidentales via des zones d’influence (concessions).

Il n’est pas surprenant, dès lors, que le besoin de réformer l’Etat ait donné naissance à un mouvement populaire, les Yihetuan, entre 1899 et 1900. Combattu par les puissances étrangères mais également par les forces gouvernementales soutenues par la bourgeoisie, le mouvement sera finalement anéanti et ce sont les forces réformistes bourgeoises, représentées par le docteur Sun Yat-sen (grand admirateur de la « démocratie » américaine), qui établiront la République au début de 1912. Très vite, cependant, les Chinois s’apercevront des tares du système dit « démocratique » calqué sur l’Occident. Si le régime corrompu des Qing méritait d’être abattu, le régime républicain fut une période de chaos, de corruption, d’incompétence parlementaire, aggravée encore par le règne des factions (seigneurs de la guerre) et la domination étrangère (Occidentaux, Japonais). La nostalgie des moments bénéfiques de l’Empire gagne alors une majorité de la population. C’est ce que comprend Yuan-shi Kai, seigneur de guerre, qui, bien que faisant partie de la classe des possédants enrichis par le commerce avec l’étranger, se révèle un authentique patriote. Le jugement de l’Histoire à son égard, tant du côté occidental que chinois, est sans indulgence. Pour les Occidentaux, il a osé « trahir » l’idéal démocratique copié sur l’étranger, idéal pourtant incompatible, historiquement et culturellement, avec la réalité chinoise. Pour la Chine officielle post-1949, il n’est qu’un bourgeois enrichi sur le dos du peuple. Yuan-shi Kai a pourtant bien saisi combien la prétention universaliste des régimes politiques hérités du mouvement des Lumières 3 est infondée et constitue, dans le cas d’un pays comme la Chine, une violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes politiquement, socialement et culturellement. Amplifiés par le caractère « exotique » qu’ils revêtent dans le milieu chinois, les défauts du système républicain sont une source de dérèglements et d’anarchie.

L’idée de restaurer l’Empire germe alors dans le cerveau de Yuan-shi Kai. Il se comporte de manière assez voisine d’un Tibère, d’un Germanicus ou d’un Vespasien, comme eux militaire d’une grande compétence, administrateur habile, sachant faire preuve de pragmatisme, tant militaire que politique, et de vision stratégique. Veillant au bien-être de ses hommes (il leur assure une paie régulière), promouvant ses officiers au mérite, strict mais juste, exigeant envers lui-même comme envers les autres, il est très populaire. Lors de la Révolution de 1911, il est appelé à servir, mais refuse jusqu’à ce qu’il soit nommé premier ministre. Il a l’art de négocier, jouant les uns, rebelles ou républicains, contre les autres. En 1912, il devient le premier président de la République. Le parlement lui apparaît tout de suite comme ce qu’il est : un ramassis « d’incapables turbulents ». Un an plus tard, en mai, il dissout l’assemblée nationale et établit un Conseil d’Etat dont il nomme lui-même les membres en se basant sur leurs compétences et leur loyalisme. Dans la foulée, il crée un Conseil constitutionnel, chargé d’élaborer une constitution conforme aux nécessités chinoises. Encouragé à fonder une nouvelle dynastie, il doit toutefois compter avec l’envahisseur japonais, allié à la Grande-Bretagne. Les puissances occidentales, anglo-saxonnes en particulier, voient d’un mauvais œil une restauration impériale susceptible de mettre sur le trône un empereur dont le premier souci sera de débarrasser le pays des occupants étrangers. Leur inquiétude croît d’autant plus qu’en août 1915, un plébiscite offre à Yuan-shi Kai une énorme majorité en faveur de l’empire. En l’espace de quelques mois, vu les intérêts en jeu, il est forcé à remettre en selle un gouvernement républicain (mars 1916). Il tombe commodément malade et disparaît en juin, victime d’une soudaine crise d’urémie ( ?).

Suivirent douze années de chaos, de guerre civile et de révolution. Trois groupes s'affrontèrent sans répit : 1) les puissances étrangères, 2) ce que les analystes officiels chinoises nomment à juste titre « les forces féodales » autochtones, 3) la « bourgeoisie » chinoise. Le 1er juillet 1921 se tint à Shanghai le premier Congrès du Parti communiste chinois. Déterminés à empêcher un mouvement patriote de voir le jour et surtout à éviter qu’un homme providentiel se dresse, maintenant que Yuan-shi Kai a été éliminé, les forces étrangères et les classes bourgeoises chinoises mettent tous leurs espoirs en Jiang Jieshi (Tchiang Kai-chek). Ce dernier fonde, en avril 1927, le « gouvernement national », conséquence du coup d’Etat qu’il conduit contre le Parti communiste. Les luttes révolutionnaires qui suivirent, au cours desquelles le Guomindang de Jiang Jieshi bénéficia du soutien occidental, aboutirent à la victoire de l’Armée populaire de Libération de la Chine et à la proclamation, le 1er octobre 1949, de la République populaire de Chine.

2. RENOUVEAU DE LA TRADITION IMPERIALE

Bien qu’idéologiquement axé sur des positions hétérodoxes (le marxisme est d’origine européenne), le nouveau régime chinois n’en renoue pas moins avec le passé, ressuscitant des éléments fondamentaux du vieux système impérial : rénovation de la structure familiale, noyau de la société, éradication des sociétés secrètes, reconquête territoriale visant à récupérer l’espace de la période Qing au XVIIIe siècle, centralisation du pouvoir politique, avec le Parti communiste chinois (PCC) en tant que parti-Etat équivalent au gouvernement impérial, cadres bureaucratiques sélectionnés sur le modèle excellent et juste du mandarinat. Au grand dam des gouvernements occidentaux, Mao Zedong devient le nouvel Empereur, détenteur de l’essentiel du pouvoir, donc à même de piloter indépendamment des pressions étrangères la renaissance de la Chine. Les péripéties qui émailleront le règne de Mao (Cent Fleurs en 1956, Grand Bond en avant de 1958-59, Révolution culturelle de 1966-70) font partie du jeu naturel du pouvoir. Il en allait de même dans l’entourage des empereurs d’autrefois. Il n’empêche que les réalisations, en quelques décennies, du gouvernement de Pékin relèvent de l’exploit (ainsi 450 millions de personnes tirées de la pauvreté en quelques décennies) et n’ont été réalisables que grâce à un gouvernement de type impérial.

A la mort de Mao Zedong, en septembre 1976, après le bref épisode de la présidence de Hua Guofeng, un deuxième empereur accède au pouvoir : Deng Xiao-ping. Son acuité intellectuelle et son extraordinaire vision politique à long terme lui permettent de faire négocier à son pays un tournant décisif. Convaincu que dans la tourmente du système économique mondialisé, dont les clés sont détenues à la fois par Washington et par les institutions internationales sous son influence (OMC, FMI, Banque mondiale, etc.), la Chine se devait d’accéder à la puissance financière et commerciale, il utilise l’imperium qu’il détient pour entamer des réformes radicales, parmi lesquelles l’orientation vers un capitalisme progressif strictement contrôlé par le parti produira des résultats spectaculaires. Dans le même élan, il modernise le mandarinat, engage un rapprochement tactique avec les Etats-Unis, établit un bilan du maoïsme. A ce propos, il fait entériner la constatation que si l’Empereur (Mao) a parfois failli, l’Empire n’est pas en cause. En dépit des inévitables difficultés d’application, le tournant est réussi. Autant l’ouverture internationale que la voie économique capitaliste rencontrent l’adhésion 4, la population urbaine et la majorité des intellectuels se rejoignant dans la certitude qu’il convient de ne déstabiliser sous aucun prétexte le régime, dans la mesure où il est le garant de l’unité nationale et de la continuité de la civilisation. Deng Xiao-ping, détenteur de la puissance arbitrale 5, appuyé sur l’armée, a su contourner l’écueil des réformes qui, dans le cas de l’URSS, avaient fini par détruire le régime et menacer le pays d’éclatement. Il a su, notamment après 1992 et l’introduction de « l’économie sociale de marché », allier autoritarisme (indispensable à la conduite d’un pays de la taille de la Chine, et fidèle à la tradition) et pilotage serein. Il en a eu d’autant plus de mérite que les troubles liés au bouleversement (casse des structures industrielles d’Etat, développement forcené, affairisme débridé, désocialisation, misère rurale) ont été exploités et intensifiés par les adversaires de la Chine, Etats-Unis en tête.

3. RIVAL POTENTIEL OU ALLIE PRIVILEGIE ?

La tradition impériale ne s’est pas arrêtée à la mort de Deng Xiao-ping, en 1997, même si le nouvel Empereur était loin de posséder son charisme et son autorité naturelle. Même si la Chine a demandé, en 2002, son adhésion à l’OMC, organe de la mondialisation ultralibérale, elle n’en reste pas moins ferme sur ses principes. C’est le cas de la politique monétaire. Fort de l’exemple des Etats-Unis, décidant unilatéralement, en 1971, de mettre fin à la convertibilité du dollar, le gouvernement de Pékin refuse la convertibilité du yuan, ainsi que sa dévaluation. Ses investissements sont déterminés le plus possible en marge de la dictature des marchés, limitée qu’elle est par le volontarisme politique. De surcroît, tandis que les pays européens ont commis la faute criminelle de libérer les prix des denrées agricoles, y compris celles de première nécessité, la Chine, visant l’autosuffisance alimentaire (pour ne pas offrir une arme létale aux Etats-Unis et aux multinationales de l’agroalimentaire), maintient son joug sur le blé, le coton et le riz. Et si les zones économiques spéciales sont ouvertes au libre marché, il n’en va pas de même pour le reste du pays.

Pour n’être ni tonitruants ni coutumiers de la presse « people », le président Hu Jintao et le premier ministre Wen Jiabao font preuve de beaucoup d’habileté diplomatique et politique. Ils sont forcés de manœuvrer dans un contexte rendu particulièrement difficile de par la masse démographique et géographique sous leur autorité, dans une ambiance globale de guerre économique, avec à la fois les pressions extérieures et les obstacles liés à la complexité des situations nationale et internationale. La question sociale, longtemps occultée, a ressurgi avec force, exploitée avec de nombreuses arrière-pensées par Washington. L’exemple de la monnaie l’illustre à merveille. Avec la mauvaise foi qui les caractérise, les Américains, par la voix de cent trente membres du Congrès (lettre ouverte), ont accusé Pékin de « manipuler » le yuan, ce que, par ailleurs, Washington fait à longueur d’année avec le dollar. Institutions sous contrôle américain, la CNUCED et la Banque mondiale ont, sans surprise, adopté le point de vue des Etats-Unis, la première souhaitant que la Chine laisse flotter le yuan, la seconde qu’elle laisse sa monnaie s’apprécier. Le gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan, avait déjà précisé que la politique monétaire serait appréciée en fonction des indicateurs économiques et que comme « il nous est difficile de prévoir tous les scénarios et les changements possibles des indicateurs, notre politique sera ajustée en fonction des indicateurs économiques et des réactions suscitées par l’application de cette politique ». Ce qui revient à dire, en supprimant le langage policé de tradition dans la culture chinoise, que Pékin décide de manière pragmatique, comme de coutume, mais n’autorise personne à exercer la souveraineté à sa place. Zhou Xiaochuan conclut en affirmant qu’il « est compréhensible que certains pays aient des positions différentes vis-à-vis des politiques de taux de change, ce qui peut entraîner des conflits, mais la Chine s’oppose à la politisation des questions monétaires. »

Du point de vue géostratégique, la Chine fait, comme la Russie, l’objet d’un encerclement conforme à ce que prône la doctrine de Mahan-Mackinder-Spykman-Brzezinski. Située sur le rimland entre le heartland russe et les « mers riveraines » (Spykman), elle constituerait, une fois réduite à merci, un instrument privilégié d’étouffement de la Russie. Elle est entourée de bases américaines, guettée par les Flottes et les sous-marins de l’US Navy. Ainsi, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan (qui vient d’acquérir le système anti-missiles Patriot), mais également l’île d’Okinawa, Singapour, où les Américains ont des bases, les Philippines, la Thaïlande, pays alliés des Etats-Unis, l’Afghanistan, l’Irak et le Pakistan, où ils sont implantés, dessinent un arc de cercle menaçant autour de la Chine. Il faut y ajouter la IIIe Flotte, basée à Pearl Harbour, qui parcourt l’est et le centre du Pacifique, la Ve Flotte, basée à Manama (Bahrain), qui croise au large de la mer Rouge, du golfe Persique et de la mer d’Arabie, la VIIe Flotte, basée à Yokosuka (Japon), qui navigue du côté du Pacifique occidental et de l’océan Indien. Le traité de sécurité avec le Japon, particulièrement, signé en 1951, devenu, en 1960, traité élargi, revêt une importance d’autant plus grande qu’il implique sa participation à un projet d’encerclement de la Chine qui comprend également la Corée du Sud et l’Australie. Cette dernière est très active dans le projet militaire de la région Asie–Pacifique. Ses troupes spéciales occupent des positions dans toute l’Asie du Sud-Est, tandis que sa marine parcourt le golfe Persique, la mer d’Arabie et le Pacifique. Depuis la nouvelle base qui a été construite pour les Américains à Geraldton, sur la façade ouest du pays, l’US Navy peut à loisir gagner l’Indonésie et de là, par Irian Jaya Barat (Papouasie-Nouvelle Guinée) et les îles indonésiennes de Maluku et Maluku Utare, le long des Philippines, le littoral chinois.

Est-ce à dire que la confrontation entre les Etats-Unis d’une part, la Chine et la Russie de l’autre est inévitable ? Sans doute, dans la mesure où les Etats-Unis, par la voix de leurs stratèges attitrés, ont maintes fois déclaré qu’ils ne tolèreraient aucun rival susceptible de contester ou simplement d’atténuer leur domination mondiale. Le système américain, qui s’est imposé dans les relations internationales, aussi bien du point de vue économique que des points de vue militaire, diplomatique, juridique et culturel, ne deviendra véritablement unique que le jour où tous les autres systèmes auront été effacés. Le seul moyen d’éviter cette catastrophe 6 est d’opposer à la sous-civilisation américaine de hautes et riches civilisations telles que la civilisation chinoise, la civilisation russe ou la civilisation européenne, si tant est que l’Europe se relève un jour de son abaissement et de son indignité.

1. Cf. Contextes géopolitiques.

2. Membres de la bourgeoisie autochtone enrichis dans le commerce avec les étrangers.

3. Cf. contextes géopolitiques.

4. Les Occidentaux, en premier lieu les Anglo-Saxons, s’efforcent d’exploiter le mécontentement d’une partie de la population, l’instrumentalisant contre le régime. Ainsi soutinrent-ils des dissidents et des étudiants insatisfaits lors des manifestations sur la place Tian’anmen, en 1989, escomptant qu’elles renverseraient le gouvernement. La réaction de Deng, logique dans une perspective d’autoprotection nationale, fut aussi instantanée que salutaire. Les morts qui en résultèrent sont à relativiser quand on les compare aux millions de morts innocents du Vietnam, d’Irak et d’Afghanistan victimes des « bavures » et bombardements américains.

5. Cf. contextes géopolitiques.

6. Au sens propre : « malheur effroyable et brusque ».