JUIN 2010

FAITS ET CONCLUSIONS : RETOUR SUR L’ARMISTICE DE 1940 (II)

Les traités de 1919 furent imposés aux vaincus dans une perspective radicalement différente de ce qu'était la pratique européenne des siècles précédents. Pour la première fois, qui plus est, l’essentiel de ce qui devait dessiner l’avenir de l’Europe procéda d’une puissance étrangère qui, loin d’être impartiale, avait pour objectif principal d’affaiblir définitivement un rival et de préparer la vassalisation du continent qu’elle était censée être venue secourir. En réalité, comme l’avait fait dire par l’un de ses personnages l’écrivain britannique D. H. Lawrence, l’Europe s’était suicidée et les Etats-Unis l’y avaient aidée.

1. DU VIOL GEOGRAPHIQUE AU VIOL POLITIQUE

Diktat, donc, et non pas traités de paix, les documents qui scellaient le destin de la civilisation européenne pour les années à venir commençaient par en charcuter la géographie. Violant le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » - cette scie dont usait Wilson pour mieux accomplir l’inverse - ce dernier, ses conseillers et la France (cf. la Lettre de mai) avaient détruit l’Autriche-Hongrie et privé l’Allemagne de l’essentiel de ses forces vives.

L’Autriche se retrouve dépouillée de la Galicie, de la Bohême, de la Moravie, de la Silésie, du Trentin, de l’Istrie, de la Bucovine, de la Slovénie, de la Bosnie, de l’Herzégovine et de la Dalmatie. A l’Allemagne, on vole Dantzig, la Haute Silésie, les Sudètes (le pays est coupé en deux par un corridor) et toutes ses colonies. La « puzzlérisation » territoriale ainsi effectuée accroît les tensions et les malaises. Des peuples se retrouvent minoritaires au sein de nations avec lesquelles ils n’ont aucune affinité ou qu’ils détestent et qui souvent les malmènent. De nouveaux Etats sont créés artificiellement, l’Empire ottoman est démantelé. Le principal, pour les Anglo-Saxons et la France, est obtenu : l’Allemagne, en principe, ne sera jamais plus une puissance capable de rivaliser avec eux; son économie a été brisée par une dette de guerre colossale et scélérate qui sera payée par trois générations au moins, jusqu’en 1988. Désarmée, elle est sans défense en cas d’agression extérieure. Il lui est interdit d’engager le rattachement de l’Autriche à son espace national alors même que les Autrichiens le souhaitent. La Sarre est détachée de la nation allemande, sans tenir compte du fait que ses habitants se sentent incontestablement allemands. Le ressentiment est particulièrement fort, en Allemagne, devant la mise sous tutelle de Dantzig, devenue « ville libre » mais supervisée par Varsovie, tandis que la population de la Haute Silésie, sans lien politique avec la Pologne depuis le milieu du douzième siècle, n’a pas été consultée. La flotte allemande, cauchemar des Anglais, doit être cédée. Dans sa réfutation générale du projet de traité, Walter Schücking, professeur de droit international public, proteste contre la mise en accusation de Guillaume II. Si l’on veut juger quelque citoyen allemand que ce soit, y compris l’Empereur, pour « actes contraires aux lois de la guerre », remarque-t-il, que l’on juge également les citoyens des autres nations belligérantes coupables des mêmes délits (ce qui ne se fera pas, la règle des « deux poids, deux mesures » ayant déjà cours). Pour couronner l’ensemble, on emprisonne l’Allemagne dans un réseau d’Etats qui lui sont hostiles.

L’origine de la Deuxième Guerre mondiale est donc là, dans cet amoncellement de mesures vexatoires, de décisions arbitraires mais enracinées dans la volonté alliée (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France) de rétrograder une nation dont les réussites inquiètent. Car l’Allemagne est « la nation la plus moderne et la plus civilisée d’Occident, celle qui comptait depuis un siècle le plus grand nombre de musiciens, de philosophes et de savants. » 1 Et la voici à présent épave, ruine, honnie par tous, seule coupable désignée d’une folie à l’origine de laquelle on trouve tous les gouvernements, tous les états-majors, tous les grands industriels, marchands d’armes en tête. La faute est européenne et l’iniquité de la sanction envers un unique Etat américaine, anglaise, française, italienne. Comment s’étonner alors que dans l’Autriche et dans l’Allemagne des années vingt, où l’on avait froid et faim, la jeunesse se fût sentie flouée et optât pour le bouleversement des idées, des mœurs, des comportements quotidiens ? Stefan Zweig témoigne : « Quoi d’étonnant que toute une jeune génération ne considérât qu’avec amertume et mépris ses pères, qui s’étaient d’abord laissé enlever la victoire, puis la paix ? Qui avaient mal fait toutes choses, qui n’avaient rien prévu et en tout s’étaient trompés dans leurs calculs ? N’était-il pas compréhensible que toute forme de respect disparût dans la nouvelle génération ? Toute une jeunesse nouvelle ne croyait plus aux parents, aux politiques, aux maîtres ; chaque proclamation de l’Etat était lue d’un œil méfiant. D’un coup, la génération d’après-guerre s’émancipait brutalement de toutes les valeurs précédemment établies et tournait le dos à toute tradition, résolue à prendre elle-même en main sa destinée, s’éloignant de tout le passé et se jetant d’un grand élan vers l’avenir. Avec elle devait commencer un monde absolument nouveau, un tout autre ordre, dans tous les domaines de la vie ; et, bien entendu, cela débuta par de violentes exagérations. » 2

2. VERS L’ORDRE NOUVEAU

Il n’est pas surprenant, dès lors, que le « tout autre ordre » vînt de ceux qui avaient souffert une défaite incomplète sur les champs de bataille mais totale dans la condamnation et le châtiment qu’ils subirent. Les survivants parmi ces « millions d’hommes [qui] ont déjà donné leur vie sur ordre de la bourgeoisie » (Rosa Luxembourg) se retrouvent dans un monde qui les rejette, les insulte, arrache leurs épaulettes et leurs décorations, eux qui ont souffert, côtoyé heure après heure une mort sordide, cruelle, la puanteur, l’effroi, les camarades déchiquetés, les blessés agonisant là où l’on n’osait aller les chercher sous peine d’être soi-même abattu. En Allemagne, le spectacle de la misère est atroce, surtout pendant « l’Année terrible » (1923). « Je croyais avoir touché au bagne l’extrême limite dans l’horreur de la misère humaine. Il y a pire. Il y a ces masques d’épouvante d’enfants que la faim torture … Il y a ces femmes squelettiques et tragiques, accroupies sur leurs seuils et couvrant de regards déments le bambin qui agonise sur leurs genoux … Galeries de cauchemars. Des miséreux ? Non. Ce quartier commerçant était l’un des plus actifs de la ville. Ce sont des familles, hier encore aisées, de boutiquiers, de fonctionnaires, car la petite bourgeoisie allemande a enduré dans le pathétique silence des esclaves une souffrance digne de l’enfer » 3. Les hommes qui ont échappé à la Grande Faucheuse à Verdun et ailleurs, face au chaos qui règne, à la menace des Rouges à Berlin, à Munich, forment spontanément les premiers Freikorps, les Corps-francs, et écrasent leur soulèvement. Rapidement, l’ennemi devient le communisme, le KPD, et l’antibolchevisme le mot d’ordre général. Ce qui s’est passé en Russie fait peur : peur, « face aux masses prolétariennes menaçantes, que la minorité bourgeoise et cultivée soit anéantie » 4 .

La montée en puissance d’Adolf Hitler et de son parti est dans la logique des choses. A cette Allemagne humiliée, injustement ostracisée, traitée de barbare, d’ennemie de la civilisation, elle qui n’a cessé de symboliser le summum de la civilisation européenne, il était inévitable que vînt un homme providentiel, un redresseur de torts, un justicier. A l’obsession anticommuniste et antijuive, partagée, ne l’oublions pas, par des millions de citoyens à travers toute l’Europe, est jointe l’obsession du diktat de Versailles. Comme le précise Ernst Nolte : « C’est avec quasiment tous les Allemands qu’il partageait le désir de combattre Versailles et, au-delà même, avec tous les révisionnistes d’Europe ». Révisionnisme, oui, dans le sens où Versailles doit être effacé, éradiqué, afin que les Allemands retrouvent une dignité qu’ils n’avaient jamais mérité de perdre, mais que personne, et surtout pas la France de Clémenceau et de Poincaré, ne leur permettra de recouvrer aux yeux du monde et à leurs propres yeux. Hitler, ne l’oublions pas, s’il admire la Grande-Bretagne, terre de la race supérieure anglo-saxonne à laquelle appartient l’Allemagne, empire comparable à celui de Rome, de Charles-Quint, n’a pour la France que dédain. La France, par ailleurs, ne fait rien pour gagner l’estime de l’Allemagne. Dès 1921, au contraire, elle manifeste une méfiance envers elle qui est hors de saison, ainsi qu’une hargne parce qu’elle juge que l’hallucinant montant des réparations n’est pas assez rapidement pris en compte.

En janvier, elle signe un traité avec la Pologne, non pour protéger la Pologne en cas d’attaque allemande (comment l’Allemagne exsangue le pourrait-elle même à moyen terme, à supposer qu’elle le veuille ?) mais pour s’assurer une position de revers semblable à celle obtenue de la Russie avant 1914. Un an plus tard, en janvier 1922, à la conférence de Cannes, Poincaré, intransigeant, refuse le moratoire sur ces mêmes paiements proposé par les Anglais. Les Anglais seraient-ils devenus pro-allemands ? Non, mais ils se rappellent leur meilleur client d’avant la catastrophe de 1914. Ce client, s’ils veulent un jour le retrouver, n’ont-ils pas intérêt à ne pas l’asphyxier complètement ? En 1923, sous des prétextes futiles, la France occupe la Ruhr. A la grève générale, aux attentats, aux sabotages, elle répond comme toutes les armées d’occupation : par des représailles et en fusillant. En outre, elle fait venir des mineurs français et belges pour remplacer les mineurs allemands en grève. Les indemnités qui leurs sont versées, entre autres, créent une inflation gigantesque dont pâtira toute la classe moyenne allemande. Les spéculations boursières des patrons et des riches allemands y contribueront également. En juin 1924, la France persiste à n’offrir à Berlin que des signes de méfiance. Avec la Tchécoslovaquie, pays artificiel né du diktat, elle signe un traité du même ordre qu’avec la Pologne : pour prendre l’Allemagne à revers. Deux ans plus tard, elle poursuit dans la même voie avec la Roumanie.

A Rapallo, entre-temps, en avril 1922, un événement géopolitique d’importance prend place. En renonçant à leurs dettes réciproques, Allemands et Russes esquissent un rapprochement qui ne pouvait qu’inquiéter Anglais et Américains, dans la mesure où il laissait prévoir cette alliance des deux principales puissances continentales (le heartland russe élargi) face à la thalassocratie anglo-saxonne, nourrie des théories de Mahan, de Mackinder et, plus tard, de Spykman. Staline ne l’oubliera pas. En dépit des invectives mutuelles entre lui et Hitler, il gardera en mémoire, même à l’heure des combats, cette possibilité que les deux nations auraient pu saisir : une « communauté de destin », un « système germano-russe » stable, « à condition qu’aient été respectées les dispositions des traités et qu’aucune des deux puissances ne se soit immiscée, ne fût-ce qu’à travers la propagande, dans la sphère d’influence de l’autre. » 5 On comprend que Staline, plusieurs années après la chute de Berlin, ait exprimé des regrets : « Quand même, avec ces Allemands, nous aurions été invincibles » 6 .

Ce que veulent les Allemands, à l’aube des années trente, se résume à trois choses, qu’Hitler ne fut ni le premier ni le seul à exprimer. Gustave Stresemann, chancelier de 1923 à 1929, homme d’Etat de valeur, raisonnable, patriote, s’en ouvre dans une lettre du 7 septembre 1925. Il y fixe trois objectifs : « la solution de la question rhénane dans un sens tolérable pour l’Allemagne », « la protection des dix ou douze millions d’Allemands qui vivent maintenant sous le joug étranger », « la rectification de nos frontières orientales : reprise de Dantzig, du couloir polonais et modification du tracé de la frontière de haute Silésie. » But ultérieur : le « rattachement de l’Autriche à l’Allemagne », souhaité par une vaste majorité d’Autrichiens depuis longtemps. Face à ces exigences, la Grande-Bretagne ne montre aucune hostilité, au contraire. Fidèle à son option essentielle : l’équilibre européen, il lui faut réagir à la prééminence française sur le continent. Aussi, lorsqu’Hitler réalisera point par point les trois objectifs décrits par Stresemann, Londres, dans un premier temps, laissera faire.

3. DE L’IRRESPONSABILITE A LA REPRISE DE LA GUERRE CIVILE EUROPEENNE

Irresponsabilité, en effet, car si l’on observe les événements de haut, avec impartialité, que fait Hitler de 1933 à 1939 dans le domaine de la politique étrangère ? Il regagne ce que l’Allemagne avait injustement perdu, ce dont elle avait été dépouillée par les iniques traité de 1919. D’abord, il s’est agi de ne plus payer des réparations qui ne lui incombaient pas, ce qui advint un an avant l’avènement du nouveau chancelier (conférence de Lausanne, juillet 1932). Ensuite, manifester son refus des traitements inégaux. En octobre 1933, l’Allemagne quitte la conférence sur le désarmement, un geste que le peuple approuve par un plébiscite sans équivoque : 40 millions pour, 2 millions contre. La raison ? Les autres nations ne désarment pas, pourquoi l’Allemagne seule renoncerait-elle à une armée ? Puis, il s’agit de recouvrer les territoires perdus. Par un plébiscite de janvier 1935, la Sarre obtient son rattachement au Reich (90,7 %). La France, ne renonçant pas à sa politique de défiance envers son voisin, prolonge son service militaire à deux ans. En réponse, l’Allemagne réarme (conscription, artillerie lourde, aviation). Dans la ligne de la prise à revers de celle-ci, la France signe un pacte avec l’Union soviétique. Hitler, il est vrai, garde en mémoire l’opposition française récente (mars 1931) à l’union économique avec l’Autriche. Opposition stupide, qui faisait le jeu des puissances anglo-saxonnes.

D’ailleurs, au vu de cette Allemagne qui, en peu d’années, accède à nouveau à la puissance, la Grande-Bretagne réagit. En juin 1935, elle signe avec elle, sans consulter quiconque, un accord naval lourd de conséquences. L’Allemagne est autorisée à rebâtir une flotte de guerre, pourvu qu’elle ne dépasse pas un certain pourcentage du tonnage de la Royal Navy : 35 % pour les navires de surface, 45 % pour les sous-marins. Ainsi, la marine française, concurrente de la Navy, aura une rivale supplémentaire. Celle-ci, plus tard, ne suffisant pas, il y aura Mers el-Kébir (3 juillet 1940), que le sabordage de la flotte à Toulon parachèvera. L’URSS aussi réagit. En juillet, le VIIe congrès du komintern lance, sur ordre de Staline, l’antifascisme, arme lourde dont se serviront les alliés occidentaux pour justifier leur alliance avec les Soviétiques dans le combat des « démocraties » contre le « totalitarisme ». En février 1936, en violation du pacte de Locarno, le parlement français ratifie le pacte franco-soviétique. L’Allemagne procède alors à la remilitarisation de la Rhénanie. La victoire du Front populaire, en juin, enfonce le pays dans sa politique anti-allemande puisque le mot d’ordre politique qui prévaut est emprunté au komintern : antifascisme. Les retombées sont immédiates : l’Italie se rapproche de l’Allemagne. Elle aussi assure ses arrières face à une France qui ne lui sourit pas. L’axe Rome-Berlin est établi, puis le rapprochement de l’Allemagne avec la Roumanie, la Hongrie, la Yougoslavie. Des traités commerciaux sont signés.

Elément essentiel du programme : l’Anschluss. Les troupes allemandes entrent en Autriche en mars 1938. L’accueil est enthousiaste, le plébiscite net : 97 % d’approbation. Il reste à récupérer les autres territoires volés par le diktat : les Sudètes et Dantzig. Les Sudètes, ce sera fait après la conférence de Munich (septembre), tandis que la France réarme (mal) à marche forcée. L’occupation de Prague, en mars 1939, qui met un terme à l’existence artificielle de l’Etat tchécoslovaque, suscite réprobation et inquiétude, alors que la mainmise polonaise sur la Silésie de Teschen, en octobre de l’année précédente, a été accueillie dans l’indifférence (toujours le deux poids, deux mesures). Il en avait été ainsi, déjà, en 1923, lorsque la Lituanie s’était emparée de Memel, que l’Allemagne à juste titre récupère en mars 1939. Un seule pierre d’achoppement demeure : le couloir polonais et Dantzig. L’enchaînement des faits est ici capital, de même que les réactions des divers protagonistes.

L’instrument central aux mains de Hitler est le principe hypocritement énoncé par Wilson pour justifier le diktat de Versailles : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Anglais et Américains l’ont allègrement bafoué des centaines de fois, en dernier lieu en 2003 en violant l’espace national de l’Irak et en y causant des centaines de milliers de morts. Voulant rétablir l’Allemagne humiliée en tant que grande puissance et décidé à se réapproprier les territoires volés par les traités, le chancelier force quelque peu le trait en faisant craquer les entournures. Son bilan est d'ores et déjà exemplaire : il a relevé l’économie du Reich, effacé les clauses de Versailles, réarmé, remilitarisé la Rhénanie, reconstruit une marine de guerre, consolidé ses alliances (axe Rome-Berlin en 1936, Pacte antikomintern avec l’Italie et le Japon en 1937), réalisé l’Anschluss avec l’Autriche, rattaché les Sudètes au territoire allemand. Il lui reste à imposer aux Tchèques l’indépendance slovaque (à la demande de Bratislava) et à régler la crise polonaise.

Le 21 mars, il exige de la Pologne le retour de Dantzig dans le giron du Reich et la concession d’une voie de chemin de fer et d’une autoroute avec statut d’extraterritorialité à travers le corridor. La demande est logique, raisonnable et justifiée. Toutefois, nous l’avons dit, l’Allemagne est devenue pour les Britanniques et les Soviétiques une puissance qui leur fait de l’ombre. Tous deux pourraient s’assurer – solution de sagesse - qu’une fois ses exigences satisfaites, l’homme fort de Berlin ne pousserait pas plus loin ses revendications. Mais le 31 mars, le gouvernement anglais offre à la Pologne la garantie que son intégrité sera défendue en cas d’attaque par l’armée allemande. La France, dans un geste insensé, emprunte la même voie et renouvelle la convention militaire signée avec la Pologne en janvier 1921. La pression légitime de l’Allemagne sur la Pologne, qui a toutes les chances de voir ensuite Hitler en rester là, débouche, à cause de l’attitude britannique et française, sur une situation chargée de périls. Convaincus que les deux adversaires occidentaux de l’Allemagne s’exécuteront le cas échéant, les Soviétiques signent avec cette dernière, le 23 août, un pacte de non-agression qui est une incitation faite à Berlin à envahir la Pologne si celle-ci refuse de céder. Le 25 août, Hitler propose à la Grande-Bretagne une alliance, tout en étant persuadé que ni elle ni la France ne risqueront la guerre pour les Polonais. L’état-major ne dissimule pas ses craintes. Le gouvernement anglais suggère néanmoins que des pourparlers se tiennent entre Varsovie et Berlin. Hitler propose que le cas de la Poméranie occidentale soit réglé par un plébiscite. Si la Pologne dit oui, que le plébiscite, comme il est probable, aboutisse au rattachement de la Poméranie à l’Allemagne, le danger est passé et la tension retombe. Le gouvernement de Londres a-t-il secrètement joué double jeu et engagé le gouvernement polonais à refuser ? Toujours est-il que c’est ce que celui-ci fait en repoussant la proposition allemande. Hitler n’a plus qu’une option s’il entend récupérer les territoires qui appartiennent au Reich : utiliser la force. La Pologne l’y a obligé, que la Grande-Bretagne l’ait ou non encouragée.

En lançant ses troupes à l’assaut de l’espace polonais, le 1er septembre, l’Allemagne compte recouvrer son bien. Le 3 septembre, pourtant, l’Angleterre lui déclare la guerre (lourde responsabilité) et aussitôt la France, dans un geste géopolitiquement absurde et d’une affligeante stupidité, l’imite. Elle s’y était engagée, mais l’engagement, suscité par les Britanniques, qui savaient ce qu'ils faisaient, était aberrant et irresponsable. Chercher à abattre la puissance allemande était dans l’ordre de la stratégie globale anglo-américaine, mais la France, elle, n’y avait aucun intérêt. L’hypocrisie britannique et française éclate quelques jours plus tard. Le 17 septembre, l’Union soviétique envahit la partie orientale de la Pologne. La cohérence voudrait que France et Grande-Bretagne ouvrent alors les hostilités avec elle. Mais rien ne se passe. La première étape d’une guerre qui deviendra mondiale et consacrera la déchéance de l’Europe a été franchie. L’Allemagne porte une part de responsabilité dans cette catastrophe, due surtout au mauvais jugement d’Hitler, mais la Pologne, l’Angleterre et la France en portent une infiniment plus grande.

4. DE LA GESTE GAULLISTE : SURSAUT SALUTAIRE OU TOMBEAU DE L’EUROPE ?

La criminelle déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, le 3 septembre 1939, conclut la longue suite de manifestations antiallemandes de la part de dirigeants politiquement médiocres, typiques de ce qu’enfante un système basé sur l’indécente exhibition de soi-même lors de campagnes électorales proches des soldes des grands magasins (« Achetez-moi, mesdames et messieurs, je suis moins cher et plus capable que mes concurrents ! Je suis le député, le président qu’il vous faut ! »). D’un régime qu’innervent les partis – c’est à dire les factions – et leurs combinaisons minables, et que parfilent les petites ambitions personnelles de carriéristes sournois, qu’attendre sinon tout ce qui est susceptible de servir l’intérêt privé et de desservir l’intérêt commun. Déclarer, dans le sillage d’une Angleterre qui avait ses priorités propres, la guerre à l’Allemagne, c’était, de la part de la France, signer la feuille de route d’une défaite européenne au profit de la future suprématie anglo-américaine.

La France eût pu saisir une ultime chance en octobre 1939. Le 6, Hitler lui fait, ainsi qu’à la Grande-Bretagne, des offres de paix qu’elles eussent été sages d’accueillir avec faveur. On ne refait certes pas l’Histoire, mais il paraît vraisemblable que, le cas échéant, la guerre à l’ouest, qu’Hitler tenait à tout prix à éviter, n’eût alors pas eu lieu. Ce dernier, après avoir annexé des territoires polonais qui avaient été allemands jusqu’au diktat de Versailles, se serait concentré sur sa future conquête d’un espace vital à l’est. Le conflit serait demeuré européen et l’espoir d’une entente – surtout dans le cas où, la chance aidant, l’un des attentats contre Hitler réussissait – entre l’Allemagne et les autres nations européennes intact. Deux obstacles de taille rendirent cette hypothèse inopérante : l’intransigeance anglaise (aiguillonnée par Washington) et l’obstination française.

Pour les Anglais, il s’agissait, comme toujours, de prévenir l’affirmation par trop véhémente d’un seul pouvoir continental, à quoi était jointe la volonté de détruire un système capable de rivaliser avec le leur, militairement, mais également économiquement et intellectuellement. Le projet américain, qui plus est, qui englobait le projet anglais, était d’abattre définitivement un pays qui, tant qu’il n’entrerait pas dans le giron économico-politique anglo-saxon, rendrait la domination mondiale de Washington difficile, sinon impossible. Pour les Français, s’entêter dans une opposition sans faille au Reich, en dépit de tout bon sens, et le faire en servant implicitement les buts anglo-américains au détriment de l’intérêt européen (l’Angleterre n’a jamais été européenne et ne le sera jamais), procédait de sentiments mesquins et de calculs médiocres. Au lieu des continuels gestes d’hostilité et de méfiance envers l’Allemagne entre 1919 et 1939, les gouvernements français successifs auraient été en mesure d’amorcer puis de concrétiser une union franco-allemande qui eût évité bien des drames. Mais la haine imbécile d’un Poincaré, d’un Clémenceau, d’un Léon Blum, les maladresses d’un Daladier, qui accomplit Munich sans y croire, l’aveuglement d’un Paul Reynaud, qui, guidé par un Churchill farouchement opposé – et pour cause - à tout apaisement, refuse, le 28 mars 1939, toute perspective de paix séparée avec l’Allemagne, trouveront leur inévitable conclusion dans l’attaque éclair de la Wehrmacht le 10 mai 1940.

La France, dans un premier temps, est plutôt bien traitée par le vainqueur. Hitler, avec raison, n’éprouve pour elle que du mépris et non de la haine. L’armistice, lancé le 17 juin et signé le 22, s’impose alors. Une analyse aussi impartiale que possible telle que la nôtre se doit de remettre les pendules à l’heure. La France pouvait-elle se permettre de poursuivre le combat alors que les armées ennemies, largement supérieures, ne fût-ce que par leur commandement et leur stratégie, avaient soumis le territoire national en un peu plus d’un mois ? La réponse est clairement non, ainsi que le rappelle l’historien Philippe Conrad, l’une des autorités dans ce domaine. Citant le colonel Paul Gaujac, il fait la constatation suivante : « Du 17 au 31 mai, l’armée de terre a perdu, dans la bataille livrée en Belgique et dans le Nord, 23 divisions dont ses meilleures unités d’active. Du 13 au 14 juin, après l’enfoncement de la ligne Weygand, l’aile gauche française en retraite perd 6 divisions sur seize, le centre 11 sur 36 et l’aile droite les 21 divisions qui la composaient. […] Les 61 divisions ainsi perdues représentent 60 % des capacités de l’armée française. » L’aviation n’est guère mieux lotie. « Patrick Facon, spécialiste d’histoire aérienne, montre l’ampleur des pertes subies par le corps des officiers navigants durant les combats de mai-juin. » Il en résulte « l’incapacité à durer » en imaginant que le combat ne cesse point. Quant à la marine, « la flotte est âgée et peu adaptée au transport de matériel. […] Les difficultés rencontrées lors de la mise sur pied de l’expédition de Norvège (il s’agissait alors de transporter 25 000 hommes) ont révélé de lourdes insuffisances. » De surcroît, « aucun plan de défense civile adapté n’a été prévu », ce qui constitue un véritable « abandon des populations par les pouvoirs publics » 7 . Aussi « il n’est guère surprenant, dans ces conditions, que le message radio ouvrant la voie à l’armistice […] ait été perçu comme un soulagement par le plus grand nombre. » En effet, « dès la fin mai, les généraux considèrent que l’armistice est inévitable. […] Comme l’a constaté ultérieurement le général Beaufre, "s’entêter dans la défaite n’avait aucun sens". » 8

A la lumière de ce qui vient d’être dit, c’est toute la geste gaulliste qui doit être remise en perspective. Son caractère paradoxal ne saurait être trop souligné. D’un côté, voilà un général qui se sent imbu d’une mission sacrée, celle de défendre le sol de la patrie, dans le sillage des grandes œuvres retracées dans l’Histoire de France, et qui, plus tard, contre la volonté de domination anglo-saxonne, élèvera des barrières décisives (mais non pas permanentes), et qui, dans le même élan, le 18 juin 1940, lance un appel à la poursuite de la guerre, poursuite qu’il enracine dans une collaboration, certes orageuse mais néanmoins totale, avec l’ennemi héréditaire britannique. Son appui – ambigu – le plus solide n’est autre que Winston Churchill, l’homme de Washington à Londres, celui qui veut absolument « casser » l’Allemagne. Comme en témoignent à l’envi les historiens les plus libres (délivrés du « politiquement correct » qui est de mise aujourd’hui), la décision de livrer à l’Allemagne une guerre sans merci jusqu’à l’écrasement final incombe essentiellement à ce dernier. Se comportant en dicateur à l’égal de Mussolini, Hitler ou Franco, Churchill imposa la guerre au peuple anglais, contre l’avis de la majorité de la classe politique mais avec l’appui d’un Georges V particulièrement mal inspiré. En se débarrassant de Churchill (l’homme d’Etat anglais le plus néfaste, avec Thatcher, du XXe siècle) et en soutenant la position d’un Lord Halifax, les Britanniques s’en seraient tenus à une neutralité qui, si elle avait été suivie par la France, aurait épargné des millions de morts, des destructions sans nombre et la disparition (provisoire ?) de l’Europe des tables historiques. Churchill le criminel est à l’origine de massacres dont la « solution finale » adoptée par Hitler est le miroir. Le bombardement systématique et sans aucun effet stratégique de plus de mille villes allemandes, par pure hargne, entre 1942 et 1944 (ainsi que le bombardement de villes françaises, causant la mort de plus de 70 000 personnes), dont le résultat fut la souffrance atroce de près de 600 000 civils (aucun militaire ne figure parmi les victimes), dont 76 000 enfants, et la disparition à jamais d’un patrimoine européen inestimable, va de pair avec le prix payé par la Grande-Bretagne elle-même dans la « victoire à la Pyrrhus » de 1945 : « exsangue, ruiné et affamé », le pays « allait encore connaître le rationnement officiel jusqu’en 1948 et la pénurie jusque dans les années cinquante, tout en regardant disparaître très vite et de façon irrémédiable un empire colonial qui avait été le plus vaste et le plus puissant du monde. » 9

C’est à cette Angleterre churchillienne que de Gaulle se soumit – de mauvaise grâce – en juin 1940, hypothéquant la future « victoire ». Comment pouvait-il ne pas savoir, en effet, que son refus de l’armistice et son appel à l’intervention étrangère (en fait, américaine) aboutiraient inexorablement à une domination anglo-saxonne pour laquelle sa seule résistance représenterait tout au plus une mouche du coche temporaire ? Quelles qu’aient été les motivations de de Gaulle, sens de sa mission perclus par un aveuglement regrettable ou orgueil incommensurable et coupable, les conséquences sont là. L’Europe du début du XXIe siècle n’est plus qu’un croupion de l’Amérique, les gouvernants fantoches choisis par Washington étant installés partout, de Paris à Berlin, en passant par Madrid, Rome, Varsovie, Prague et ailleurs.

5. FALLAIT-IL ARRETER HITLER ?

La question est ici cruciale. La neutralité britannique et française, au lendemain du 1er septembre 1939, eût pu reposer sur une assise dont il est indispensable de se demander si elle était fiable : la certitude que Hitler, une fois les territoires volés à l’Allemagne recouvrés, n’irait pas plus loin dans ses revendications et son usage de la force. L’une des objections les plus couramment avancées vis-à-vis d’une position de neutralité est que le chancelier était constamment revenu sur ses promesses. Oui, mais c’était à chaque fois parce qu’un règlement à l’amiable lui était refusé ou marchandé. Si les Polonais avaient accepté ses conditions sur Dantzig et le couloir, quel intérêt aurait eu Hitler à vouloir davantage, et surtout à risquer trop pour obtenir plus ? La responsabilité du gouvernement polonais est ici lourde, de même que celle de Londres, puis de Paris. On ne peut guère douter que la neutralité anglaise l’aurait incité à en rester là puisque, ainsi que le font remarquer les plus grands historiens actuels, Hitler était non seulement anglophile mais pouvait aller jusqu’à l’anglomanie. N’avait-il pas proposé de laisser aux Anglais, en cas de non-belligérance de leur part, leur empire (qu’ils allaient perdre en s’engageant aux côtés des Américains) et n’avait-il pas commis la lourde faute de ne pas écraser le corps expéditionnaire britannique à Dunkerque, escomptant de ce geste fou un contre-geste que Churchill était bien déterminé à ne jamais commettre.

Un aspect demeure, toutefois, le plus chargé de signification de tous et qui oblige non seulement au sérieux et à la réflexion mais aussi à la gravité la plus évidente. Cet aspect, c’est la « solution finale ».

Il s’inscrit dans le phénomène plus large du génocide ou de « l’assassinat ethnique ». Disons-le sans faux-fuyant : l’Allemagne n’en a pas eu l’exclusivité ni la primeur. L’Ancien Testament, le livre sacré du peuple qui fut la victime désignée d’Hitler, est rempli des clameurs des peuples massacrés – hommes, femmes, enfants – par les Hébreu. Hommes déportés, femmes et enfants vendus comme esclaves, villes et villages détruits, récoltes brûlées, troupeaux abattus : l’Antiquité classique les égrène comme les perles d’un chapelet sinistre. A l’époque moderne, les guerres de religion, avec leur fanatisme, ont été causes de meurtres sadiques et d’exterminations sanglantes. Les Britanniques dans la guerre qu’ils firent aux Boers d’Afrique du Sud (1899-1902) et les Américains contre les Indiens (XIXe siècle) et contre les Philippins défendant leur terre (1902-1903) commirent d’authentiques génocides. Ce qui est poussé à un paroxysme dans le génocide juif de la Deuxième Guerre mondiale n’est pas le génocide en tant que tel mais la logique industrielle qui le sous-tend. Cette logique prend sa source dans les conditions dans lesquelles s’est déroulée la Première Guerre mondiale, « conditions d’une déshumanisation radicale de la guerre » 10 .

Dans un chapitre éclairant de précision, Jonathan Glover, Directeur du Centre of Medical Law and Ethics au King’s College de Londres, explique que le grand tournant fut accompli en deux temps. Il y eut d’abord « glissement » vers l’inhumain irresponsable 11 lors du blocus économique de l’Allemagne par les Britanniques entre1914 et 1918 12 . La mort par insuffisance alimentaire et carence médicale fauchera, d’ici la fin de la guerre, près de 800 000 hommes, femmes et enfants (d’après une estimation gouvernementale britannique). Le glissement deviendra addiction grâce à la faculté décidément affirmée de tuer de loin comme dans un jeu vidéo. Respect de l’adversaire, courage exigé par l’affrontement physique et sentiment de sympathie dû à une proximité catégorielle (les deux adversaires sont des combattants dans une même guerre et ont donc quelque chose en commun) disparaîtront et seront remplacés par une indifférence qualitative et quantitative envers le résultat de la décision prise de donner la mort. 13

La « solution finale », si elle procède d’une logique identique, met toutefois en avant, précise Nolte, « l’idéal-type du génocide, ce dernier se fondant sur une accusation globale contre une entité supra-individuelle. » Les premiers frémissements qui y menèrent furent l’œuvre des Polonais lors du « dimanche sanglant de Bromberg », « au cours duquel des Polonais, ivres de fureur, massacrèrent quelques milliers de concitoyens d’origine allemande ». Les imprécations – suivies d’effets – de Churchill participent de la même vision « définitive ». Lorsque, dans un discours d’avril 1941, il honnit les « soixante-dix millions d’abominables Huns » qui lui font face et qu’il appelle sans ambages à « tuer », il forme le vœu d’exterminer industriellement des hommes qu’il ne regarde pas comme des adversaires mais des sous-hommes qu’il convient de détruire comme de la vermine. D’où l’avis qui est le sien de lancer « une campagne d’extermination, de dévastation totale, exécutée par de très gros bombardiers ».

Pour Hitler, cependant, l’extermination, c’est-à-dire la « solution finale de la question juive » est indiscutablement, admet Nolte, « un événement tributaire de l’idéologie ». La question qui se pose alors est la suivante : sachant cela, pouvait-on laisser Hitler poursuivre sa politique sans intervenir pour en empêcher les conséquences les plus sinistres ? Libre de ses mouvements, aurait-il été jusqu’à éliminer – avec l’aide de nombreux dignitaires locaux, rappelons-le – tous les juifs d’Europe, de la France à l’Ukraine et de la Scandinavie à la Grèce ? Si oui, avait-on le droit d’assister sans réagir au massacre ?

Même si l’on admet que la réponse doit être non – ce qui est le cas – elle ne justifie pas la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France, cause d’un désastre aux conséquences tragiques pour l’Europe, car à ce moment-là, la solution finale n’avait pas été décidée et le sort des juifs n’était encore connu que très parcimonieusement. Il est plus que probable qu’une neutralité française et britannique eût entraîné deux conséquences : 1) la paix à l’ouest permettant à Hitler de préparer son invasion de l’Union soviétique, invasion qui l’eût sans doute conduit à sa perte, 2) son assassinat tôt ou tard réussi, car l’écrasante majorité des officiers et des élites allemands, prenant peu à peu conscience de l’énormité du génocide, ne l’eussent pas toléré. Quel que fussent les mérites d’Hitler entre 1933 et 1940, il est certain que la solution finale jette sur lui une opprobre définitive et totale dont toutes les nations européennes (défaites en 1945 au profit des Etats-Unis, toutes, sans exception) paient aujourd’hui le prix fort. Car, écrit Nolte, « la solution finale est sans conteste, de tous les actes du national-sociaisme, le plus extrême et le plus significatif […]. Tendant à l’extermination totale d’un peuple mondial, elle diffère par essence de tous les génocides et constitue l’exacte image inversée de l’extermination, elle aussi tendancielle, d’une classe mondiale par les bolcheviks. En ce sens, elle est la copie de l’original, le caractère social de ce dernier ayant fait place à un caractère biologique. »

Or, le génocide bolchevique n’a attiré l’hostilité ni de la Grande-Bretagne ni de la France, qui, en déclarant la guerre à l’Allemagne le 3 juillet 1939, précipitèrent l’Europe dans le gouffre sans fond où elle git aujourd’hui. Au contraire, main dans la main avec Staline, boucher de son propre peuple et massacreur de plus d’hommes, de femmes, d’enfants qu’Hitler, mais plus avisé politiquement, les « démocraties » occidentales n’ont pas hésité à effacer les modèles, totalitaires ou non, qui résistaient à l’unique modèle qui persiste aujourd’hui : le modèle américano-centré. Les massacres, sournois ou ouverts, qu’il a d’ores et déjà perpétré, ne sont que le prélude du monde auquel ils aboutiront. Fasse qui voudra et pourra (les Dieux, s’ils existent, le Destin, s’il en est un, la Nature, si elle n’est pas qu’une force insensibles et aveugle) qu’il ne pousse pas les humains qui le subiront à regretter les modèles les plus inhumains qui lui préexistèrent, aussi inexorables et cruels qu’ils aient été.

NOTES :

1. Dominique Venner, Le Siècle de 1914, Pygmalion, 2006.

2. Stefan Zweig, Le Monde d’hier, Belfont, 1993.

3. Jean des Vallières, Spartakus Parade, Albin Michel, 1932.

4. Ernst Nolte, La Guerre civile européenne, 1917-1945, Editions des Syrtes, Paris, 2000.

5. Ernst Nolte, Op. cit.

6. Svetlana Allilujeva, En une seule année, Robert Laffont, Paris, 1970.

7. Rappelons que le “réduit national” prévu par les autorités helvétiques en cas d’invasion de la Suisse par les armées allemandes supposait également l’abandon à son sort de la population civile. On le voit, les régimes « démocratiques » sont attachés à sauver en premier lieu leurs citoyens les plus riches et les plus en vue. Cette prévention se poursuit, en temps de paix, par le biais de la politique fiscale.

8. Philippe Conrad, “L’inévitable armistice”, La Nouvelle Revue d’Histoire, 47, mars-avril 2010,

9. Jean Bourdier, « Angleterre : L’ombre de Churchill », La Nouvelle Revue d’Histoire, 18, mai-juin 2005.

10. Ernst Nolte, Op. cit.

11. Irresponsable, car programmé et lancé sans contact visuel, olfactif et auditif avec les conséquences physiques de décisions prises « froidement, à distance » et, pour les décideurs, purement virtuelles.

12. Les Américains, notamment, useront un nombre illimité de fois du procédé, causant la mort de millions de gens, en particulier des enfants, pour des motifs de pur égoïsme dominateur

13. Jonathan Glover, Humanity, Jonathan Cape, Londres, 1999.