JUILLET-AOUT 2010

FAITS ET CONCLUSIONS : RUSSIE ET CHINE CONTRE NATURE

Parmi les événements qui ont émaillé l’été en cours figurent les soubresauts auxquels paraît se livrer la Nature. A y regarder de plus près, cependant, on ne peut s’empêcher d’être intrigué par le fait que ses assauts les plus virulents prennent pour cibles deux régions particulièrement sensibles : la Russie, victime d’incendies dont la violence et l’intensité sont inhabituelles ; la Chine, où des inondations meurtrières sévissent, au grand désespoir de la population. Si l’on prend pour hypothèse de départ que comme ces deux pays font l’objet d’un encerclement (Russie, Chine) et d’une tentative d’étouffement (Chine) de la part de la thalassocratie anglo-saxonne (stratégie Mahan-Mackinder-Spykman-Brzezinski)1, comme, de surcroît, les installations du programme HAARP sont pleinement opérationnelles depuis plusieurs années 2, ainsi que l’a montré le tsunami meurtrier de 2004, une possible conjonction des deux phénomènes n’est pas à exclure, il s’en faut de beaucoup.

1. RUSSIE : CANICULE ET SITES SENSIBLES

Une canicule telle qu’il faut remonter mille années avant de rencontrer son équivalent a saisi la Russie, provoquant, après un peu plus d’un mois, des incendies qui s’étendent sur près de 800 000 hectares, multipliant par deux la mortalité, notamment dans la capitale, et constituant une menace sérieuse pour un certain nombre de sites stratégiques. Près de Moscou, sur une ligne qui s’étend de Plotava à Nijni-Novgorod, le feu impose une chaleur insupportable et une fumée étouffante qui fragilisent les plus vulnérables (vieillards, enfants, malades). Le Sud-Ouest est sévèrement touché, mais plus encore l’Ouest et le Centre, nécessitant l’état d’urgence dans au moins sept régions. Des dizaines de foyers s’allument à mesure que les pompiers parviennent à circonscrire l’une ou l’autre zone, ce qui laisse peu de doute quant à l’origine criminelle des incendies, aisément amplifiés par le caractère exceptionnellement intense de la canicule. Dans les villes, en particulier à Moscou, à l’obscurité due au nuage de fumée s’ajoutent l’écoeurante odeur de brûlé, les pannes d’électricité et les affaissements de l’asphalte, qui fond sous la chaleur et provoque des fissures atteignant parfois dix mètres de longueur. Même les couloirs du métro, l’un des plus beaux et des plus performants du monde, ne constituent plus un abri sûr à cause des infiltrations de fumée. La directrice de Mosecomonitoring, entreprise publique chargée de la protection de l’environnement, annonce que « la concentration de particules en suspension atteint plus d’un millier de microgrammes par mètre cube. Avec de telles concentrations, même les adultes en bonne santé doivent minimiser leur exposition. »

Mais outre les milliers de maisons détruites et les centaines de morts, d’autres périls guettent. Le feu semble en effet se propager vers des dépôts de munitions et de missiles. Deux cents avions ont déjà été détruits dans une base proche de Moscou. Plus grave encore, des sites nucléaires pourraient être menacés, ainsi qu’une région contaminée lors de l’explosion de Tchernobyl (1986), dont le sol et la végétation peuvent à tout moment libérer des substances radioactives transportées par la fumée. A Sarov, au sud de Nijni-Novgorod, là où se situe le centre nucléaire qui fabrique, entre autres, les bombes atomiques, la ligne d’incendie a toutefois pu être contenue grâce à de nombreuses trouées pratiquées dans la forêt.

Il faut considérer aussi les pertes de récoltes. La Russie, troisième exportateur mondial de céréales, a dû renoncer provisoirement à leur exportation, ce qui entraîne une perte considérable de devises et risque d’accentuer les difficultés de la population. Le prix du blé sur les marchés mondiaux s’est par ailleurs envolé, rendant, dans l’esprit des gens, la Russie responsable du chaos ainsi causé et de la disette qui s’abat sur les plus pauvres. Comme par hasard, tandis que l’Ukraine s’est vue contrainte de bloquer certaines exportations de céréales et que le Canada, quatrième exporateur mondial, a subi une baisse de sa production due aux fortes pluies qui y sévissent depuis des semaines, seuls les Etats-Unis ont bénéficié de conditions idéales et engrangé des récoltes encourageantes.

2. CHINE : INONDATIONS ET EFFETS A LONG TERME

Plus d’une décennie s’est écoulée depuis les dernières inondations catastrophiques qui ont accablé ce pays. Celles d’aujourd’hui causent des dégâts extrêmement graves dans une majorité de régions. La crue du Yangtsé et surtout celle de l’un de ses affluents menacent la vie de plus de cent mille personnes rien qu’au Sichuan. Si le péril qui semble se préciser sur le barrage des Trois Gorges, que des campagnes de presse bien orchestrées en Occident ont décrit comme pharaonique et mégalomane, est peut-être moins réel que prévu – bien que l’eau soit à 17 m seulement du maximum toléré – ce sont près de 80 000 autres barrages déjà anciens dont la structure pourrait ne pas tenir sous la poussée des eaux. Déjà des ponts ont cédé et des digues sont à deux doigts de la rupture. Wuhan, capitale du Hubei, a dû être protégée, ainsi que des centaines d’autres concentrations urbaines. Des milliers de personnes sont bloquées dans leurs maisons, souvent sur les toits, et les morts s’accumulent.

Plus sérieux encore, les régions industrielles sont touchées. Près de 3000 barils, remplis de substances toxiques provenant d’usines pétrochimiques, sont susceptibles de polluer les rivières et les nappes phréatiques. Sur les trente-et-une provinces chinoises, vingt-sept sont touchées par les intempéries. Celles-ci s’ajoutent à une sécheresse sans précédent qui a sévi en mars puis à un séisme de 7,1 sur l’échelle de Richter à Yushu, au Qinhai, qui ont fait des milliers de morts. Tout cela se conjugue à la terrible marée noire, fruit d’un sabotage 3, qui sévit dans les eaux du port de Dalian depuis le 16 juillet. Près de 2000 tonnes de pétrole se sont alors déversées dans la mer Jaune. De quoi refroidir les velléités chinoises d’extension de leur souveraineté maritime vers le sud, extention estimée à juste titre vitale face aux manœuvres américaines visant Taïwan, le Tibet et le Xinjiang. Le deux poids, deux mesures occidental sévit ici en plein : tandis que le Pentagone poursuit sa mise au point d’armes de plus en plus sordides et létales sans que cela ne suscite aucune réaction de la part des « gardiens » attitrés de la « paix mondiale » (presse de gauche, organisations de défense des droits de l’homme, Reporters sans frontière, etc.), la présence d’une base de sous-marins nucléaires et la construction d’un site de lancement de fusées sur l’île de Hainan sont dénoncées comme scandaleuses. Le Figaro du 14 juin décrit même Hainan comme « l’île des excès chinois ». Se défendre est une vertu en Occident, une tare ailleurs.

Parmi les effets négatifs, à terme, des inondations figurent la paralysie des routes et des transports, le recul du tourisme, le frein mis au commerce international et les problèmes financiers qui en découlent. Les autorités de Pékin comparent déjà l’impact produit aux sanctions en cours contre la Corée du Nord. Mais ici, les conséquences sont bien pires puisque ce sont les excellents résultats économiques du pays qui sont mis en péril. De surcroît, pendant de la pénurie de céréales en Russie, c’est une pénurie visant le riz qui est ici à craindre, avec les effets déplorables qu’elle ne peut manquer d’avoir sur la consommation intérieure et les prix mondiaux.

3. HAARP ET LE PROJET MAHAN-MACKINDER-SPYKMAN-BRZEZINSKI (MMSB)

Le phénomène météorologique qui touche ainsi à la fois la Chine et la Russie sert trop les intérêts de la thalassocratie anglo-saxonne pour que l’on évite de se pencher sur les gains stratégiques qu’il implique à long terme. Rappelons que dans le combat géopolitique global déterminé par le projet MMSB, les puissances maritimes que sont les Etats-Unis et leur principal soutien la Grande-Bretagne affrontent leur adversaire naturel : la puissance continentale eurasiatique, dont le centre, le heartland, est situé en Russie. Circonvenir cette dernière, étouffer la Chine, rivale la plus dangereuse, sont dès lors des priorités 4.

Or, les succès économiques chinois et la résistance russe aux manœuvres d’encerclement forcent aujourd’hui la thalassocratie à modifier sa stratégie. En Asie centrale, en effet, la Russie tient à nouveau la corde. Il est manifeste, en outre, que le peuple russe, tout comme le peuple chinois, n’a pas l’intention de renoncer à sa souveraineté.

Le grand obstacle, en l’occurrence, est Vladimir Poutine, dont la popularité ne faiblit pas depuis des années. Washington espère donc y porter une atteinte fatale en provoquant, via le programme HAARP, des dégâts environnementaux et économiques dont il espère qu’ils finiront par amener une contestation du premier ministre, ruinant ses chances pour les élections présidentielles de 2012 5. En appui de cette stratégie, une campagne virulente, relayée par toute la presse occidentale, a été engagée. Quoi que fassent Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, mobilisés comme jamais sur le front des incendies, cela est exclusivement interprété en termes négatifs. Dans Le Figaro, journal bien-pensant de la droite ultralibérale, le fait que le président ait interrompu ses vacances pour prendre, en collaboration avec le premier ministre, les décisions qui s’imposent et qui seraient saluées dans n’importe quel pays de la sphère occidentale, est dénigré par la suggestion qu’il a pris son temps avant d’intervenir. « En vacances à Sotchi, Dmitri Medvediev n’a fait son retour que mercredi » 6. Ayant fait ce que font tous les chefs d’Etat en vacances : garantir la poursuite de leur tâche dans un lieu de villégiature - ce qui est leur droit et que personne ne conteste lorsqu’il s’agit de Sarkozy ou d’Obama - il est accusé d’avoir dû « justifier son absence moscovite ». On noircit davantage le tableau en affirmant « qu’il ne s’agissait pas, à l’entendre, d’un congé » mais d’un simple transfert des moyens de gouverner n’altérant pas sa capacité de travail. Il est intéressant de constater que toute affirmation d’un responsable occidental est aussitôt prise au pied de la lettre, mais que lorsqu’il s’agit d’un responsable russe ou chinois, ses paroles sont systématiquement mises en doute, ainsi que le montre la formule « à l’entendre ».

Mais l’adversaire à abattre étant avant tout Vladimir Poutine, c’est sur lui que se concentre l’artillerie médiatique. Les efforts considérables qu’il accomplit depuis le début de la catastrophe deviennent ainsi des moulinets de matamore. Ne craignant pas d’accompagner les pompiers au plus près des flammes, son geste est ridiculisé : « Vladimir Poutine s’est rempli les poumons de fumée »; la connotation « grand fumeur » (ce qui donne le cancer et est donc déraisonnable) s’ajoute au côté « gros bras ». Pour enfoncer le clou, on fait appel à des « spécialistes » américains. Contrastant avec Poutine le « Superman », Medvediev est décrit « en costume-cravate, dans son bureau, qui passe des coups de fils et s’en sort encore une fois la tête haute ». A cette sentence passée par Masha Lipman, du centre Carnegie de Moscou 7, tête de pont américaine dans la capitale russe, font écho des vidéos de villageois « excédés », s’en prenant à Poutine, accusé de semer la pagaille en Asie centrale tout en étant indifférent à leurs problèmes. Dans la presse privée, aux ordres de la thalassocratie et malgré tout très sportivement tolérée par les autorités russes, les doléances pleuvent.

La majorité des citoyens, cependant, comprend que ni Poutine ni Medveviev ne peuvent rien contre une météorologie dévoyée et l’un et l’autre demeurent amplement soutenus. Mais, sous-entend-on, c’est qu’ils sont aveuglés, comme cette Elena Kroustikh, qui, contre vents et marées, garde sa foi dans les autorités du Kremlin. Elle ose en effet affirmer : « Je ne me sens pas du tout abandonnée, bien au contraire, et j’ai la confiance la plus totale en notre gouvernement. »

CONCLUSION

Ce que le gouvernement américain escompte des inondations en Chine comme des incendies en Russie est évident pour quiconque sait interpréter les événements à la lumière du projet MMSB.

De ce projet, d’ailleurs, les médias occidentaux ne parlent jamais, signe évident qu’il est appliqué puisque des rapports le concernant, émanant d’autorités scientifiques indiscutables et même de l’Union européenne, mettent en garde contre ce qu’il recouvre. Les rares fois où on en reconnaît l’existence hypothétique, c’est pour se gausser de ceux qui le dénoncent. L’accusation utilisée, ici encore, est celle de « théorie du complot », cette tarte à la crème qui sert d’anathème, au même titre que l’accusation de « fascisme », « racisme » ou « antisémitisme ». Faire passer pour ringards, délirants ou idiots tous ceux qui, lucides, alertent l’opinion sur HAARP est encore, étant donné la cécité de la masse et la complicité des « élites », le meilleur moyen d’en occulter l’existence.

Ce que la thalassocratie anglo-saxonne attend des dommages résultant des dégâts environnementaux chinois et russe est, nous l’avons vu, multiple. En Chine, il s’agit de mettre un frein sérieux à l’avancée économique d’un rival dont les Etats-Unis cherchent par tous les moyens à se défaire. D’autant plus que les succès diplomatiques chinois, en Afrique et en Amérique latine, menacent d’hypothéquer des décennies de pénétration américaine obtenue par tous les moyens, y compris les plus cyniques. En Russie, il s’agit de détourner le plus grand nombre possible d’électeurs du duo Medvediev – Poutine, ce dernier restant néanmoins la cible privilégiée. Qui mettre à la place ? Washington compte, bien entendu, sur les centaines de transfuges et de collaborateurs russes, l’ancien champion du monde d’échecs Kasparov en tête, grassement payé par les services américains pour cracher sur les autorités de son pays. Mais il en est d’autres, parmi lesquels les personnalités dissimulées parmi les manifestants rassemblés le 1er mai à Moscou, qui exhibaient des pancartes proclamant : « Poutine est Staline ! La Russie sans Poutine ! »

S’il est cocasse de constater que Staline, dictateur sanglant mais servant les intérêts occidentaux, fut jugé infiniment fréquentable autrefois lorsqu’il contribuait à gommer de la carte des grandes nations une Allemagne trop puissante pour permettre aux Anglo-saxons de régner seuls (un Staline aujourd’hui vilipendé à l’égal d’Hitler et à qui l’on ose comparer un Poutine qui n’a cessé d’agir dans la plus parfaite légalité), il est infiniment plus instructif de se pencher sur le cas d’une éventuelle Russie sans Poutine. Aux mains d’oligarques manipulés par Washington, le pays cesserait de représenter un obstacle à la mainmise totale de la thalassocratie anglo-saxonne sur le heartland, dont la maîtrise livre à qui le possède « l’île mondiale », c’est-à-dire la planète. Seule subsisterait la Chine, entité trop grosse pour être avalée d’un coup, mais qui, une fois son économie réduite à sa plus simple expression par les catastrophes « naturelles », tomberait sans trop de difficultés dans l’escarcelle américaine.

Il semble toutefois que ni la population chinoise dans son ensemble ni la population russe, favorable à Poutine à 78 %, selon les derniers sondages, ne soient disposées à tomber dans le piège. Pour quiconque refuse un monde américanisé, il y a là de quoi se sentir rassuré.

M.-A. F.

NOTES :

1. Cf. Traité Start et realpolitik, Articles en ligne (11.4.2010).

2. Cf. Lettre de mars 2010.

3. Une injection de substances chimiques destinées à ôter le souffre du brut a provoqué l’explosion de deux oléoducs, opération aisée à organiser quand on songe à la sophistication logistique de la CIA.

4. Cf. note 1.

5. Une méthode identique avait été utilisée au Chili. Sa structure est simple : provoquer des difficultés (économiques, environnementales), entraîner de la sorte une désaffection envers celui que l'on veut éliminer (président, premier ministre), favoriser en conséquence un coup d’Etat ou de nouvelles élections dont il sortira un régime ou un gouvernement favorable aux intérêts américains.

6. C’est nous qui mettons en évidence.

7. Quand on sait que Mme Lipman contribue au Washington Post depuis 2001, qu’elle collabore depuis plusieurs années avec des organismes américains (Harvard International Journal of Press/Politics, Current History, The New York Review of Books), que ses publications aident à peindre de Poutine l’image d’un tyran, et que, d’autre part, le Carnegie Center est tout entier voué à la promotion de l’idéologie américaine, on mesure à la fois le degré de liberté laissé à ses adversaires par le pouvoir russe et l’intensité de l’effet négatif que tout cela peut avoir sur l’opinion.