HOLLANDE ET L'ISLAM

Le 14 juillet, après le défilé, François Hollande était interrogé par Laurent Delahousse (France 2) et Claire Chazal (TF1). A la fin de l'interview, Laurant Delahousse a posé la question suivante au président de la République :

"Lors de votre visite en Tunisie, vous avez prononcé une phrase très importante, 'La France sait que l'Islam et la démocratie sont compatibles'. C'est un discours qui s'adressait bien évidemment à la Tunisie, au parti Ennahda. [Un temps]. Je voulais vous poser une question. En France il y a environ cinq à six millions de musulmans, un tiers se déclare croyant. Si un jour, un parti islamiste, fondamentaliste, se créait en France, quelle serait votre réaction ?"

Remarque 1. Cette remarque vient après un développement sur le Front National et le péril que ses mesures (protectionnisme, expulsion des citoyens d'origine arabe...) feraient courir à la France. On ne peut s'empêcher de penser (de soupçonner ?) que ladite remarque vise à contrebalancer les déclarations de François Hollande et à suggérer, insidieusement, que si le Front National représente un danger pour le pays, les islamistes représentent un danger autrement redoutable...

Remarque 2. L'adverbe "évidemment", surtout lorsqu'il est précédé - renforcé même - par l'autre adverbe "bien" n'a d'autre fonction que de démentir le propos de François Hollande (à savoir qu'Islam et démocratie sont compatibles) et de le démentir de façon désobligeante pour Hollande et pour les Tunisiens [En décrypté : "Entre nous, pas la peine de prendre des précautions oratoires : tout le monde sait bien - et vous le premier - que l'Islam et la démocratie sont incompatibles].

Remarque 3. La mention du nombre de musulmans n'est pas innocente, car un nombre, cela évoque inévitablement une armée, c'est-à-dire un danger, et un danger extérieur. Un tiers de 5 ou 6 millions, cela fait entre 1,6 millions et 2 millions d'hommes, qui sont non pas simplement des fidèles ou, comme le suggérerait le contexte, des électeurs, mais des "militants", c'est-à-dire - même racine que "militaires" - des soldats. [Pour mémoire, les deux armées les plus nombreuses du monde - et aussi les plus redoutables - l'armée chinoise et l'armée américaine, comptent respectivement 2,3 millions et 1,6 millions de soldats].

Remarque 3. Pour les malentendants, Laurent Delahousse précise, après islamiste (car le terme doit lui sembler faible), fondamentaliste, qui, dans le contexte, sonne comme "extrémiste", voire "terroriste" et renforce l'impression de péril.

Remarque 4. Laurent Delahousse aurait-il eu l'idée de poser la même question pour les catholiques, les protestants ou les juifs ? Non car, aujourd'hui, les votes de ces croyants se répartissent dans tous les partis (sauf, peut-être, pour la majorité des catholiques pratiquants, qui se situent plutôt du côté de l'UDI ou de l'UMP). Mais Laurent Delahousse aurait-il eu l'indélicatesse de demander si ces catholiques-là, profitant des récentes manifestations contre le mariage pour tous, risquaient de créer un parti intégriste de droite ?

Remarque 5. La question de Delahousse donne le sentiment désagréable que le journaliste exclut une certaine catégorie de Français (car, pour créer un parti politique, il faut être Français) de la communauté nationale et les considère non seulement comme étrangers (à la manière dont le régime de Vichy considérait les juifs) mais aussi comme une potentielle Cinquième colonne ou d'éventuels terroristes...

P. de A.

Crédit photographique : france-culture.blogspot.com