GRANDES ENTREPRISES ET RESPONSABILITE SOCIALE

Aujourd'hui, au journal de France 2 de 13 h, Elise Lucet, en ouverture présentait ainsi un des sujets :

- "Décryptage et réactions après les annonces de François Hollande. A quoi correspond exactement la suppression des cotisations familiales pour les entreprises, comment financer cette mesure à 35 milliards d'euros et quel calendrier. Point complet dans un instant avec Valéry Lerouge et Valérie Astruc".

Puis, quelques minutes après, entrant dans le sujet, elle poursuivait :

- "On va essayer d'y voir plus clair avec Valéry Lerouge. Bonjour. A quoi servent d'abord ces cotisations ?"

- "Valéry Lerouge : A payer toute une panoplie de prestations familiales versées par la CAF. Il y a la prime à la naissance, l'allocation de rentrée scolaire versée fin août, les allocations familiales versées chaque mois à partir du 2e enfant, ou, moins connue, l'allocation de soutien pour familles monoparentales (90 euros par mois). Au total, 55 milliards versés l'an passé. Financées aux deux tiers (35 milliards exactement) par les entreprises. Si vous regardez bien votre fiche de paye, il y a une ligne, ici "allocations familiales" réglée uniquement par votre patron. Ça lui coute 5,4% de votre salaire brut, un taux qui vient d'être réduit à 5,25%. C'est cette ligne que François Hollande veut supprimer."

- Elise Lucet : si les entreprises ne règlent plus ces 35 milliards d'euros, qui va payer ?

- Valéry Lerouge : C'est flou pour l'instant. Mais pour maintenir les prestations au même niveau, il faudra que l'Etat compense ce que ne payent plus les entreprises. Pas question de le faire par de nouveaux impôts, mais en réduisant toujours un peu plus les dépenses de l'Etat. Objectif 50 milliards d'euros sur 3 ans. A titre de comparaison, le gouvernement a programmé, non sans mal, 15 milliards d'économies pour cette année.

Remarque 1. Premier point de vocabulaire. Lorsqu'on (on = la droite ou le Medef 1) évoque les charges, le terme "charges" n'est ni neutre ni innocent. Car une charge est ce qui pèse, et - sous entendu - ce qui pèse indûment. A quoi correspondent ces "charges" ? Au salaire différé, versé au salarié, et qui rémunère le coût de ses enfants (= allocations familiales), ses soins médicaux, sa retraite et ses allocations chômage.

[Que signifie donc l'emploi du terme "charge" (au lieu de cotisations) ? Cette réalité brutale : que, depuis plus d'un siècle qu'ont été instituées les premières lois sociales, la droite et le patronat n'ont JAMAIS accepté le principe (et encore moins la réalité !) des allocations familiales, de la médecine socialisée, de la retraite et de l'indemnisation du chômage. Pour la droite et le patronat, l'inclusion de ces paiements dans le salaire est indue, scandaleuse, illégitime.]

Remarque 2. Deuxième point de vocabulaire. Pour miner la légitimité des cotisations, la droite et le patronat emploient souvent l'adverbe "trop" (il y a trop de charges sociales). Quelle est la fonction de cet adverbe ? Celle de suggérer que "l'on" accepte bien les charges, mais pas au niveau français, considéré comme prohibitif, écrasant. Qu'on les tolérerait, certes, mais (implicitement) à un niveau... proche de zéro. Le "trop" est ici un artifice rhétorique, destiné à atténuer la brutalité du refus du principe des cotisations.

[A cet égard, l'adverbe "trop" occupe la même fonction, dans le discours de la droite, que l'adjectif "clandestine", lorsqu'elle prétend qu'elle n'est pas contre l'immigration, mais contre "l'immigration clandestine". En réalité, c'est bien l'immigration 2 (et, précisément l'immigration des pauvres, surtout lorsqu'ils sont "basanés") qu'elle vise, mais, comme l'expression crue de cette volonté serait choquante, elle la camoufle par un adjectif atténuateur ("clandestine"). La vérité de son discours est dans les substantifs].

Remarque 3. Lorsqu'Elise Lucet demande : "si les entreprises ne règlent pas ces 35 milliards d'euros, qui va payer ?", elle pose une question qui inclut sa réponse : "Personne". En effet, lorsqu'on répète ad nauseam que "la France est en faillite" (François Fillon), qu'elle croule sous les dettes, qu'il n'y a pas d'argent caché, qu'on ne peut augmenter les impôts (compétitivité et Europe obligent), que peut-on conclure d'autre ?

[Ce que confirme, d'ailleurs, par litote, Valéry Lerouge, en disant : "C'est flou pour l'instant" [là aussi, le circonstanciel "pour l'instant", comme les adjectifs et adverbes précédemment évoqués, joue le rôle d'atténuateur. Car c'est un "instant" qu'on pressent destiné à durer...]. Ce qui est révélateur, d'ailleurs, c'est la "netteté" de la concession accordée aux entreprises (35 milliards tout de suite) qui s'oppose au "flou" de la compensation accordée à la Sécu et au "flou", pas évoqué, des contreparties (embauches, augmentations de salaire) offertes par les entreprises. On ne saurait mieux illustrer le proverbe "lâcher la proie pour l'ombre"...]

P. de A.

1. (NDLR) : Droite et MEDEF ou plutôt : oligarchie. C'est-à-dire l'ensemble de la classe politique française : UMP, PS, Front de Gauche, MODEM, etc., complices du MEDEF comme le sont aujourd'hui les directions des centrales syndicales et la palette médiatique, propriété des banques, des financiers, c'est-à-dire de l'oligarchie mondialisée.

2. (NDLR) Il est important ici de préciser : l'immigration - en réalité le grand remplacement des peuples européens par leur dilution dans une masse indifférenciée amenée par les guerres que mène l'oligarchie internationale (sous couvert des droits de l'homme) un peu partout sur la planète, procédé accélérateur, avec la suppression des frontières, de la disparition des nations, ultime protection des peuples contre la déferlante de la mondialisation, - cette immigration procède d'une volonté inflexible de l'oligarchie mondialisée. Elle permet en outre le maintien des salaires à un niveau extrêmement bas et entretient la guerre sociale au sein des classes moyennes.

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