SONDAGES : RELATIVISME

J'écoutais ce matin, au journal de 8 h de France Inter, que le président François Hollande, dans les sondages de popularité, ne recueillait que 22 % d'opinions favorables parmi ses compatriotes.

Remarque 1. La conclusion implicite suggérée à l'auditeur est que si 22 % des Français ont une bonne opinion de François Hollande, ce sont donc 78 % (le complément à 100 %) qui en ont une mauvaise. Bigre ! La première critique qu'on peut adresser à cette présentation est le manque de nuances : tout se passe en effet comme s'il n'y avait pas de milieu entre l'amour fou (les 22 %) et la détestation absolue (les 78 %). Or, dans la réalité, les choses sont plus nuancées : les 22 % de favorables regroupent déjà tout, des groupies à ceux qui le tolèrent faute de mieux. On peut donc supposer que cette nuance se poursuit quand on passe au premier pourcentage des 78 %, entre ceux qui ont été simplement déçus et ceux qui, tous les jours, rêvent de l'avoir dans le viseur d'un fusil à lunette...

Remarque 2. Le deuxième reproche qu'on peut faire à ce type de sondage est qu'il amalgame des opinions hétérogènes. Soit, pour résumer à grands traits :

- Ceux qui lui reprochent d'être trop à gauche,

- Ceux qui lui reprochent d'être trop à droite.

- En théorie, donc, on ne devrait pas calculer les 22 % d'opinions favorables par rapport aux 100 % du corps électoral français mais par rapport, seulement, à ceux qui ont porté leurs voix sur lui au second tour. On peut supposer qu'une partie des 51,64 % qui ont voté pour lui à ce tour figurent parmi les 78 % de mécontents (parce qu'ils trouvent qu'il mène une politique trop à droite), mais que s'il avait mis en oeuvre une politique plus conforme à leurs voeux de gauche, ils seraient satisfaits de lui. Etant entendu que, de toute façon, l'opinion de droite lui resterait toujours hostile. [Même s'il menait une politique économique ultralibérale, elle trouverait toujours à lui reprocher n'importe quoi, du mariage pour tous à ses positions à l'égard d'Israël ou de l'Iran - pour des raisons inverses, d'ailleurs...]. Ce n'est donc pas 78 % d'opinions défavorables qu'a François Hollande, mais seulement 51,64 - 22 = 29,24 %.

Remarque 3. Ce dernier chiffre pourrait encore être rectifié en comparant le nombre de voix favorables non par rapport au pourcentage obtenu au second tour (51,64 %), mais à celui du premier tour (28,63 %), puisque c'est celui des voix de gauche qui s'étaient portées sur son seul nom, les autres (qui s'étaient dispersées sur les autres candidats de gauche) ne le considérant que comme un pis-aller, parce que tout valait mieux que Sarkozy. Dans ce cas là, son taux d'impopularité ne serait plus que de 28,63 - 22 = 6,63 %.

Remarque 4. Ce dernier chiffre pourrait être, à son tour rectifié en considérant qu'au premier tour, parmi les 28,53 % d'électeurs de François Hollande, se trouvaient certes des socialistes convaincus mais aussi un certain nombre d'électeurs de gauche non socialistes (Front de gauche, NPA), plus des abstentionnistes de gauche qui ont voulu voter utile et ne pas renouveler la mauvaise surprise de 2002, où Le Pen était arrivé devant Jospin, ou même éviter l'effet psychologique désastreux d'un Sarkozy devançant Hollande, y compris d'une courte tête- ce qui aurait pu arriver.

Imaginons les électeurs de ce vote utile à 3 %. Cela nous donnerait un taux d'impopularité qui ne serait plus que de 25,63 - 22 = 3,63 %. Quand même ! 3,63 % de mécontents contre 22 % de satisfaits : qui aurait pu imaginer ça après les manifs des "pigeons", des "bonnets rouges" et des opposants au mariage gay ?

Remarque 5. Je suis moyennement sérieux. J'ai pensé, à mesure que je rédigeais cette chronique, à l'histoire du client qui voit à l'étal d'un épicier la pancarte "Ici, on vend de bonnes pommes pas chères". Et le client de dire à l'épicier : "Il faut barrer "Ici", car on voit bien que ce n'est pas l'épicerie voisine". Puis : "Il faut barrer "on vend", car on se doute que vous ne les donnez pas". Puis : "Il faut barrer "pas chères" car si elles étaient chères, personne ne vous les achèterait". Puis : "Il faut barrer "bonnes", parce que vous ne vendez pas des pommes pourries". A la fin, sur la pancarte, ne reste plus que "pommes". Et le client de dire : "Pourquoi laisser ce mot, on voit bien que ce ne sont pas des bananes..."

P. de A.

Crédit photographique : culturevisuelle.org