PUJADAS, VALET DU SYSTEME

Ce soir, 7 octobre, au journal de France 2 de 20 h, David Pujadas annonce, en dissimulant à peine sa satisfaction, que le taux de 75 % d'impôts sur le revenu des personnes physiques (promis par François Hollande) allait être supprimé à compter du 1er janvier 2015. En quoi cette présentation est-elle frauduleuse ? En quoi trompe-t-elle sciemment les téléspectateurs ?

1. Elle les trompe en ce qu'elle vise à placer le téléspectateur "moyen" dans la peau de quelqu'un qui voit ses revenus taxés à 75 %. Imaginons un Français qui gagne 1700 euros nets par mois.

[N.B. Ce chiffre est important à deux titres, d'abord parce que le salaire médian des Français est de 1675 euros bruts - je précise bien "bruts" - par mois. Ce qui veut dire que la moitié des Français gagne moins que 1675 euros bruts par mois. Je préciserai plus loin en quoi ce chiffre est important à un deuxième titre].

Je reprends mon propos. Mettre le Français "moyen" dans la peau du contribuable taxé à 75 %, cela veut dire, pour celui qui gagne 1700 euros nets par mois (je précise que ce salaire est bien plus élevé que le salaire médian), lui faire exécuter ce calcul élémentaire : 75 % de taxation sur 1700 euros, cela donne 1275 euros d'impôts, c'est-à-dire qu'il ne lui reste plus que 425 euros par mois pour vivre. Diantre ! A ce niveau-là, on est dans la misère (le RSA est à 499 euros). Le Français "moyen" a donc de la compassion pour le Français plus riche qu'on taxe à 75 % en se disant : comme moi, il doit tirer la langue...

2. Or, et c'est ici que réside la première malhonnêteté, c'est que l'on ne vit pas avec des proportions mais avec de l'argent réel : quelqu'un qui gagne 1000 euros par mois et qu'on taxe à 75 % n'a plus que 250 euros pour vivre. Quelqu'un qui gagne 10 000 euros n'a plus que 2500 euros, quelqu'un qui gagne 100 000 euros n'a plus que 25 000 euros. Mais ce n'est pas du tout la même chose !

En effet, 250 euros, c'est la moitié du RSA, c'est-à-dire l'indigence complète, 2500 euros, c'est 800 euros de plus que le salaire médian, c'est un revenu correct, 25 000 euros, c'est plus de cinq fois le traitement d'un professeur de faculté en fin de carrière ! Or, les besoins des humains sont à peu près identiques et les prix les mêmes pour tout le monde. Avec 250 euros, on est dans la misère noire, avec 25 000 euros, on vit confortablement.

3. Où est la deuxième malhonnêteté ? Elle est en ce qu'on se garde bien de préciser que la taxation à 75 % (à partir d'un million d'euros) s'entend à partir du premier euro gagné au-dessus de un million mensuel. Celui qui gagne 1 million et 1 euro n'est taxé à 75 % que sur cet euro et pas sur le million qui précède ! [Précision : un gain de 1 million d'euros annuels, cela veut dire 83 333 euros par mois, soit plus de 16 fois le traitement d'un professeur de faculté en fin de carrière...].

4. Où est la troisième malhonnêteté ? Elle est en ce qu'on cherche à faire pleurer sur ces "pauvres riches" (si l'on peut dire...) alors que, si l'on imagine la supposition implicite que les journalistes cherchent à faire passer (c'est-à-dire qu'on taxe la totalité du million d'euros), que leur resterait-il ? Il leur resterait 250 000 euros par ans, c'est-à-dire 20 833 euros par mois. C'est quoi, 20 833 euros par mois ? Divisons ce chiffre par 12 : cela donne 1736 euros.

5. 1736 euros, c'est un chiffre proche de celui que nous avions choisi au début de ce billet (1700 euros), et qui était lui-même supérieur au montant du salaire brut (1675 euros). Donc en prenant les trois quarts des revenus de celui qui gagne un million d'euros (par an), puis en divisant de nouveau cette somme par 12, on obtient, in fine, un chiffre (1736 euros) qui ferait le bonheur de plus de la moitié des Français...

6. Dernière précision : le patron le mieux payé de France, Maurice Lévy, patron de Publicis, gagne 4,5 millions d'euros par an.

P. de A.

Crédit photographique : www.purepeople.com